‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 116 sur 389 · ACTE II, SCÈNE 1. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE 1. i

VERNON

Avec qui serait-on franc, si ce n'était avec sa sœur?

Enfin je sais à quoi m'en tenir sur mon âge ; et vous ne vous cloutez pas des dangers auxquels vous exposez ma réputation , en veillant avec aussi peu de soin sur moi; vous, mon frère, qui devriez être le tuteur , le père d'une pauvre petite orpheline.

VERNON

Ma foi, ma sœur, tu es assez grande pour te surveiller toi-même.

MADEMOISELLE VERNON

Eh! mais, écoutez donc; si je vous disais qu'enfin je crois avoir trouvé à me marier.

VERNON

Nous y voilà. Depuis dix ans tu te crois toujours sur le point de te marier; n'est-il pas temps enfin d'être raisonnable? Eh! que diable, la vie d'une vieille fille n'est pas si désagréable. Tu le verras , quand tu seras résignée. Faire sa partie avec les gens d'un âge mûr, donner des avis aux jeûnes filles, être regardée,' traitée comme une personne respectable dans la société, estce donc à dédaigner ? Cela ne vaut-il pas mieux que d'aller au bal , d'y danser à ton âge, de suivre les modes , de faire l'enfant , en un mot.

MADEMOISELLE VERNON

Quelle cruauté , quelle tyrannie de la part d'un frère ! Si je ne me montrais pas, si je ne développais pas mes grâces, mes moyens de plaire, comment pourrais-je espérer de trouver un établissement?

VERNON

Et plût au ciel que tu pusses en trouver , un établissement !

ih, LA PETITE VILLE.

MADEMOISELLE VERNON

Oui, vous seriez débarrassé 'de moi, n'est-ce pas? Je ne vous resterai pas long-temps sur les bras; et si j'en crois les tendres regards de ce jeune étranger....

VERNON

Quoi ? ce serait un de ces deux Parisiens qui viennent de descendre dans cette auberge!

MADEMOISELLE VERNON

Le plus jeune, le plus aimable.

VERNON

Ah çà , écoute ; ce n'est pas la première fois que tu te fais moquer de toi par les voyageurs qui descendent clans cette auberge.

MADEMOISELLE VERNON

Pouvez-vous m'accuser de courir après eux?

VERNON

Non ; mais tu t'imagines qu'ils courent après toi ; toutes les diligences sont remplies de tes adorateurs. On te. fait une politesse , tu la prends pour une déclaration. Prends garde, ne me fajs pas encore une scène avec ce jeune homme; tu ne sens pas la conséquence; je n'aime pas les procès , et j'en ai déjà eu cinq ou six pour tes beaux yeux. Ce sont ces maudits romans qui te tournent la tête.

MADEMOISELLE VERNON

Douce lecture ! Tous ceux qui ont paru depuis quatre ans, je les ai lus : les Châteaux, les Dangers, les Enfants du mystère, de l'amour, du bonheur ; Cécilia, Camilla, Rosa, Ccelina , Agatha, Rosalba.

VERNON

Oui, et tu rêves d'amour, et Lu te crois Rosalba. Rosa, Francilla, et cœlera.

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