ACTE I, SCÈNE VIII
MADAME JACOB
Deux jolies femmes sont venues me voir ce matin : une d'elles vous intéresse infiniment.
LECOQ
Une d'elles, madame?
MADAME JACOB
Toutes les deux, peut-être!
LECOQ
Vous l'avez dit. Tenez , madame Jacob , mettonsnous à notre aise , vous pouvez m'être très-utile , et je sais reconnaître les services qu'on veut bien me rendre. Je me nomme Lecoq; je suis brasseur de mon état au faubourg Saint-Marceau , très-ricbe , très-amoureux de mes plaisirs, franc buveur, beau joueur, grand chasseur , fort à la paume , au billard. J'ai pour première qualité celle d'adorer les dames; je suis connu pour cela dans le quartier, et l'on cite par-tout pour la galanterie Lecoq de la rue Mouffetard. Or, dernièrement j'ai fait rencontre de deux femmes charmantes ; j'en suis fou.
MADAME JACOB
Rien que deux?
LECOQ
Pas davantage.
MADAME JACOB
L'une au Jardin des Plantes , madame Duparc ; l'autre à la Chaumière du Mont - Parnasse , madame Bazin.
LECOQ
Et comment savez- vous....
MADAME JACOB
Vous qui ne croyez pas à ma science, devinez.
<ii LES TROIS MARIS.
LECOQ
Elles vous auront parlé de moi ; elles m'ont remarqué : tant mieux.
MADAME JACOB
Vous en concluez que vous n'aimez pas deux ingrates.
LECOQ
Sans être taxé de suffisance , la conséquence est assez naturelle.
Et vous êtes déterminé à poursuivre les deux aventures ?
LECOQ
Je ne suis pas accoutumé à m'arrêter en chemin.
MADAME JACOB
Eh quoi ! deux à-la-fois ! c'est tromper , c'est trahir.
LECOQ
Point du tout. Si je leur plais également, c'est faire le bonheur de toutes deux.
MADAME JACOB
C'est fort généreux.
LECOQ
Oh ! j'ai des idées libérales.
MADAME JACOB
Deux femmes mariées !
LECOQ
Mariées! mais d'abord il y en a une qui ne l'est pas, je crois.
MADAME JACOB
En vérité!
LECOQ
Mais je n'ai pas vu de mari au moins , et dans mes informations