‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 143 sur 389 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

DESROCHES

On aime à revoir ainsi ses aïeux; et quoiqu'il y ait peu de talent clans l'exécution , l'aspect de ces vieux portraits donne une bonne idée de la sensibilité des maîtres de la maison.

DELILLE

Eh bien! ne te voilà-t-il pas comme ces faiseurs de sensibilité qui voient un sentiment par -tout? et à la vue de tous ces portraits, ne vas - tu pas t'attendrir comme à un drame?

DESROCHES

Oui , toi qui fais le philosophe , parlons un peu de cette belle voilée avec laquelle je t'ai surpris.

DELILLE

Oh ! cette femme à coup sûr vaut bien toutes les beautés de cette ville. Tu ne penserais pas peut-être ainsi si tu la voyais à présent; mais demain, ce soir peut-être, tu rendras justice à toutes ses qualités.

DESROCHES

Elle n'est donc pas de ce pays ?

DELILLE

Non.

D'où vient-elle donc?

DELILLE

Tu le sauras.

DESROCHES

A propos, n'oublions pas que madame Sennevilie nous attend chez elle à l'assemblée.

DELILLE

Ah! oui, l'assemblée! Quelques vieilles femmes bien disgracieuses , bien sèches , possédant à fond toutes les finesses du reversis; quelques vieux hobereaux, dis-

sertant gravement sur l'excellence de leur tabac; quelques jeunes gens bien gourmés; un groupe de jeunes personnes bien niaises; deux bougies sur la cheminée, deux chandelles sur chaque table de jeu ; un petit chien sous celle-ci, un gros chat sous celle-là; rien n'est galant comme une réunion de province.

DESROCHES

On vient; c'est sans doute la maîtresse de la maison. Vois -tu cette tournure noble et imposante; soutiens donc qu'on n'a des grâces qu'à Paris.

DELILLE

Non, parbleu! madame Guibert me donnerait un démenti.

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