ACTE III, SCÈNE IX. >io
MADAME GUIBERT, Cl SCI fille.
Le plus jeune, celui qui est à coté de moi. {Aux deux jeunes gens '.) C'est mon enfant unique. L'espérance de la bien établir a pu seule me consoler de la perte d'un époux que je pleure tous les jours. Je n'ai rien négligé pour perfectionner son éducation ; mais vous sentez que dans une petite ville de province on
n'a pas les moyens Elle est un peu timide, mais un
cœur excellent, un esprit cultivé. {A sa fille.) Parlez donc.
FLORE
Oui , ma mère.
MADAME GUIBERT, à SCI fille.
Taisez-vous donc. Est-ce ainsi qu'on doit répondre?
FLORE
Mais, ma mère, que voulez-vous que je dise?
MADAME GUIBERT
Paix. {Aux deux jeunes gens.) Mon frère me marque que vous aimez beaucoup la musique ; ma fille a une voix céleste, une méthode exquise : si vous m'aviez fait l'amitié de venir avant dîner, au dessert, je l'aurais fait chanter.
Eh! qu'importe? Quoique nous ne soyons plus au dessert....
DESROCHES
Nous serions enchantés d'entendre mademoiselle.
MADAME GUIBERT
La voilà toute confuse ; c'est que vous l'intimidez : des messieurs de Paris Et puis elle a la malheureuse habitude de se faire beaucoup prier.
i06 LA PETITE VILLE.
DEL IL LE
Oli ! s'il ne s'agit que de prier Mademoiselle,
nous vous conjurons, nous vous supplions
DESROCHES
Vous n'avez pas besoin d'indulgence, j'en suis sûr, et je me joins à mon ami.
FLORE
C'est qu'en vérité je n'ose.
MADAME GTIIBERT.
Osez, mademoiselle.
FLORE
Et... je suis enrhumée, je crois.
MADAME GUIBERT
Qu'est-ce que vous dites donc? Vous avez toujours des rhumes qui vous prennent mal à propos.
Mais, ma mère, que chanterai-je?
MADAME GUIBERT
Ce qui vous plaira. Allons , tenez-vous droite , et
chantez.
flore, toussant.
Hem hem je suis vraiment fort embarrassée.
{^En partant tout d'un coup d'un grand éclat
de voix. )
Non, non, non, j'ai trop de fierté Pour me soumettre à l'esclavage.
MADAME GUIBERT
Quelle chanson choisissez- vous donc là !
flore, continuant.
Dans les liens du mariage Mon cœur ne peut être arrêté.