ACTE III, SCENE IX
MADAMEj GUIBERT.
Ah! bon Dieu! quelle horreur! Mais taisez- vous donc ; paix donc , paix donc , je vous en prie. Comment ! vous avez trop de fierté pour vous marier ? Estce qu'une demoiselle doit chanter de ces choses - là ? Qu'est-ce que c'est donc que cette chanson-là?
tLORE.
Mais, ma mère, c'est de la Belle Arsène.
Votre Belle Arsène était une bégueule , et j'espère bien que vous ne suivrez pas son exemple. Et puis, c'est antique.
FLORE
Mais, ma mère, que voulez -vous donc que je chante ?
MADAME GUIBERT
Mais , mademoiselle , on chante du nouveau ; par exemple ,
Oui , c'en est fait , je me marie, ou bien ,
Il faut des époux assortis, ou bien,
Ah! que les nœuds du mariage A mes yeux offrent de douceur ï
DELILLE
Ah! oui, mademoiselle, celle-là; elle est charmante, et beaucoup plus analogue à la situation.
flore, tousse et chante.
Ah ! que les nœuds du mariage A mes yeux offrent de douceur !
L'amour est vif, il est volage ; L'hymen seul fait le vrai bonheur.
>o8 LA PETITE VILLE.
Oui, la volupté la plus pure, C'est l'union de deux époux; C'est dans l'hymen que la nature Plaça ses plaisirs les plus doux.
Ah! que les nœuds du mariage, ete.
Comme un ange, mademoiselle, comme un ange!
MADAME GUIBERT
Oui, comme un ange; comme une sotte. Elle chante ordinairement mille fois mieux. Et puis, elle ne sait pas donner d'expression aux paroles : elles sont si tendres!
FLORE
Mais , ma mère , ce n'est pas ma faute ; il m'a pris une extinction de voix dans la roulade.
Ne grondez pas mademoiselle. On ne chante pas plus agréablement.
DELILLE
Oh! sans doute. (A part.) Attends, je vais t'en dégoûter tout-à-fait. (Haut.) Mon ami, la voix de mademoiselle doit te plaire , car elle te rappelle sans doute , comme à moi , la voix d'une personne qui t'est bien chère, ne trouves-tu pas?
DESROCHES
Et de qui donc ?
DELILLE
Eh! mais vraiment, de ta femme.
DESROCHES
De ma femme !
MADAME GUIBERT
De sa fenîme!