‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 167 sur 389 · ACTE IV, SCÈNE I. aai · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. aai

Je m'attendais encore moins que madame Senneville , une femme que j'estime, que j'aime, que j'ai su distinguer , se permettrait d'écouter les propos et les fadeurs d'un étranger.

MADAME SENNEVILLE

Moi! où prenez-vous, s'il vous plaît De quel

droit me parlez-vous ainsi ?

RIFLARD

Au point où nous en sommes ! quand je n'attends que la fin de mes vendanges , quand j'ai l'aveu de votre oncle et le votre, il m'est bien permis, madame, de parler en mari. C'est en ami d'ailleurs que je parle. Vous vous perdez. Avez-vous remarqué les chuchoteries , les ricanements , les mots à double entente , les regards malins de toute la société ? Quant à moi , j'ai le malheur d'être très-violent; je n'ai pas voulu causer de scandale , mais j'ai su ce que j'avais à faire , et monsieur Desroches aura de mes nouvelles dès ce soir.

MADAME SENNEVILLE

Ah ! mon Dieu ! vous me faites trembler.

RIFLARD

Ce n'est rien, madame, rien du tout; une petite précaution que j'ai prise. Revenons à vous. Si vous avez le moindre soin de votre gloire , si vous tenez à un établissement qui nous convient à tous deux, il faut absolument que ces jeunes gens ne logent pas chez vous ce soir.

MADAME SENNEVILLE

Qu'exigez- vous? mais mon oncle

RIFLARD

Votre oncle a eu beaucoup d'humeur en les vovant arriver. Monsieur Vernon, qui fait de lui ce qu'il veut,

aaa LA PETITE VILLE.

en se laissant gagner au piquet , lui a déjà parlé. Madame Guibert, que votre oncle a intérêt de ménager, puisqu'elle est sa cousine au sixième degré , lui a fait sentir toute l'horreur de la conduite de ce petit écervelé. Son ami ne vaut pas mieux; c'est un sournois qui fait l'homme d'esprit , et je n'aime pas qu'on prenne ces airs-là avec moi.

MADAME SENNEVILLE

Allons , vous êtes tous ligués contre lui. Ce pauvre jeune homme ! mais vous voulez que je sois incivile. A la bonne heure. En vérité, cela ne me donne pas une bonne idée de votre caractère.

RIFLARD

Ah ! croyez , belle dame , que c'est l'intérêt que je

vous porte, la raison Vous ne me refuserez pas un

sacrifice vraiment nécessaire , et sur tous les autres points , vous le savez , je me laisse mener comme un enfant; mais j'exige, au nom du plus tendre amour....

( II lui baise la main. )

MADAME SENNEVILLE

Prenez donc garde, voici monsieur Vernon.

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