ACTE I, SCEJSE IX
DUR VILLE
Oui , ce sont les exemples qui m'entraînent.
DUHAUTCOURS.
Dites, qui vous justifient. Pour moi, je me suis fait une conscience là-dessus ; ce que ces gens-là perdent avec nous , ils le gagnent avec d'autres ; personne n'est dupe.
DURVILLE
J'ai besoin de me le persuader.
DUHAUTCOURS.
Il n'y a que les sots qui perdent. Quand vous chargez un navire , ne comptez-vous pas sur les avaries ? Eh bien ! les faillites , les avaries , cela arrive à tout le monde. Mais il faut se hâter : voilà tout votre avoir en sûreté. La séparation de biens entre votre femme et vous est terminée ; nous ne prendrons pas de notaire. J'ai un ami , un soi-disant homme de loi , je lui fais dresser l'acte , je préviens tous nos gens , et je fixe l'assemblée à demain matin midi.
DURVILLE
A demain , cela ne se peut pas.
DUHAUTCOURS.
Et pourquoi donc ?
Je reçois du monde ce soir, beaucoup de monde ; ma femme donne une fête.
DUHAUTCOURS.
J'ai cru que vous donniez votre fête tout exprès ; c'est une occasion excellente. Elle va doubler votre crédit; vous pouvez faire des affaires d'or d'ici à demain.
DURVILLE
Oh! non, c'est déjà trop.... J'aime mieux différer.
^64 DUHAUÏCOURS.
DUHAUTCOURS.
Impossible. Les affaires de cette nature demandent a être menées chaudement. Il faut emporter d'assaut les signatures pour arriver aux trois quarts en somme.
DURVILLE
J'aurais voulu me débarrasser de mon neveu. Je le renvoie à son père.
DUHAUTCOURS.
Vous craignez votre neveu ? Oh ! pour le coup , c'est irop plaisant. Un petit jeune homme qui fait le pédagogue avec vous , et qui se permet de me regarder de travers! Craignez plutôt que ce Franval , ce négociant de Marseille, ce créancier de cinquante mille francs n'arrive à Paris avant l'opération. Vous me l'avez peint comme un homme intraitable....
DURVILLE
Je ne l'ai jamais vu ; mais d'après sa correspondance....
Bon ! il ne vaut pas mieux qu'un autre , je le parierais ; mais il faut le prévenir. Si vous retardez d'un moment, tout est perdu.
DURVILLE
Eh bien ! j'aime mieux remettre la fête ; oui. Ce sera difficile.
DUHAUTCOURS.
Vous avez tort; mais vous le voulez.
DURVILLE
Le lendemain d'un bal , cela serait d'un scandale !
DUHAUTCOURS.
Allons , les plaisirs après les affaires.
DURVILLE
Je vais envoyer contre-ordre chez toutes les per-