ACTE II, SCÈNE XV
DTTIIAUTCOURS.
Que madame me permette une seule petite réflexion. Voyez autour de nous dans la société, Cléon, Damis, Sainville * , Monval et tant d'autres : sont - ils déshonorés par leur infortune? Ne sont-ils pas accueillis, fêtés, recherchés? Pourquoi? C'est que le malheur a des droits sacrés , et qu'on respecte en eux l'honorable adversité.
DTJRVILLE.
Cessez donc, madame, de me gratifier de votre pitié , et de craindre pour mon honneur.
MADAME DTJRVILLE.
Pardon , mon ami , je n'ai pas eu l'intention de vous offenser; mais le mot de faillite est bien cruel, et je tremble que le monde...
DTJRVILLE.
Mais ma justification est toute prête.
DUHATJTCOURS.
Sans doute ; l'actif est infiniment supérieur au passif.
En ce cas , pourquoi prendre un parti si déterminé ? Demandez des délais.
DUHAUTCOTJRS.
Des délais! y pensez -vous, madame? Il faudrait toujours finir par payer; et paiera-t-on monsieur?
* On joua la pièce dans une ville de commerce. L'acteur chargé du rôle de Duhautcours , en disant ce mot, eut le malheur de faire un geste qui. semblait indiquer plusieurs personnes qui étaient aux premières loges. Apparemment il rencontrait juste, car il fut applaudi par les uns et sifflé par les autres. A la représentation suivante, à ce passage, il se tint les bras croisés. Quelques personnes du parterre lui crièrent : Faites les gestes.
i94 DUHAUTCOURS.
DURVILLE
Point d'inquiétude , ma bonne amie. Tenez , les femmes doivent s'en rapporter à leurs maris. Sur-tout gardez-vous de laisser paraître le moindre trouble pendant la fête que nous donnons.