ACTE I, SCENE XV. 3gi
vous les suivrez si vous voulez : dans tous les cas j'aurai tait ee que je crois devoir faire.
FANCHETTE, CL SOU père.
Il parle en honnête homme.
LAMBERT
Vous venez de recueillir un gros héritage ; vous viviez content dans votre pays : tout-à-coup il vous a paru un théâtre trop étroit pour vos richesses ; voilà que le désir de venir vous établir à Paris s'empare de vous, et sans connaître personne dans cette grande ville, vous arrivez avec votre argent pour y jouer un grand rôle, avancer votre fils et marier votre fille. Eh ! mes amis , vous n'avez pas été élevés pour ce pays ; vous n'êtes pas faits pour habiter ce séjour si attrayant , si dangereux , si difficile à connaître. Croyez-moi , profitez de votre voyage , voyez les spectacles , les promenades ; jouissez de tous les agréments de cette ville ; mais n'y restez pas. Retournez habiter votre pays. Il serait ridicule aux habitants de Paris d'aller chercher l'ennui et l'inutilité en province ; il est ridicule aux habitants de la campagne de venir chercher leur ruine et la corruption de leurs mœurs à Paris. Maintenant jugez-moi : ceux qui vous engagent à vous fixer ici , on peut les soupçonner de vouloir profiter de votre inexpérience ; de quel but caché peut-on soupçonner celui qui vous conseille de vous éloigner ?
FANCHETTE
C'est assez bien raisonné.
Monsieur , en effet , je ne puis vous croire d'autre motif que Cependant quand vous connaîtrez le mérite de mon fils, de ma fille, et peut-être sans vanité, mon tact et mon discernement
FANCHETTE
Mais vous , monsieur , qui paraissez vous intéresser à nous, qui êtes-vous, s'il vous plaît?
GAULARD
C'est cela; car encore est-il bon de savoir à qui l'on parle.
LAMBERT
Je me nomme Lambert ; je suis le fils d'un homme qui a été assez riche. J'aurais pu l'être moi-même, mais j'ai toujours préféré l'indépendance aux affaires. Tout n'est pas bénéfice dans la fortune , et les soins qu'elle entraîne corrompent bien les jouissances qu'elle procure. J'avais appris la musique pour mon agrément, je me suis vu forcé d'en faire mon état. Je loge dans cette maison garnie , au quatrième. C'est là qu'il faut monter à Paris, quand on veut avoir de la vue. Si vous aviez un ami , un parent auprès de vous qui pût vous aider de ses conseils, vous servir de guide, je me croirais indiscret en me mêlant de vos affaires ; mais vous êtes seuls , sans lumières , sans appui , tout nouvellement débarqués dans cette grande ville ; le simple intérêt de l'humanité doit suffire à un honnête homme pour qu'il s'attache à vous. Mon âge et celui de monsieur votre fils se rapprochent ; nous ne sommes pas encore amis, mais j'aime à croire que nous le deviendrons.
GEORGES
Monsieur, je ne sais pas résister quand on m'attaque du coté du cœur; j'accepte l'amitié que vous me proposez.
fl a de l'esprit, ce jeune homme-là.