SCENE I
MALFILARD, en robe-de-chambre, Madame et Mademoiselle MALFILARD.
( Ils sont assis. )
mademoiselle malfilard.
Mais enfin quelle est-elle cette madame Vercour?
MADAME MALFILARD.
Oui , quelle est-elle ? Voilà quinze jours qu'elle loge dns votre maison, monsieur Malfilard; tous les matins ai marché on tourmente ma cuisinière pour savoir ce ue c'est ; tous les soirs dans notre société vous savez a'on interrompt le boston ou le loto pour me faire des uestions.
Hier, au jardin de l'Arsenal , la petite Mirville m'a ncore répété qu'il y avait sans doute quelque mystère :aché là-dessous.
MALFILARD.
Eh bien! eh bien! elle est venue me louer une petit appartement au troisième ; elle m'a payé son terme ; laissons-la vivre à sa fantaisie et vivons à la notre.
43o LES PROVINCIAUX A PARIS.
MADAME MALFILARD.
Oui , à votre fantaisie , qui est bien la plus nonchalante , la plus paresseuse. Quand nous étions marchands de draps , rue Saint-Denis , près l'Apport-Paris , vous ne vous mêliez pas plus de votre commerce ! Il me semble vous voir dans votre boutique , vous promenant toute la journée en robe-de-chambre , les mains derrière le dos, et c'était la pauvre femme qui avait out l'embarras du commerce , et de la correspondance , et du ménage , et de la tenue des livres , et du réveil . et de la bonne conduite des garçons de boutique. Et lepuis que nous avons acheté cette maison au Marais du nous demeurons , qu'avez-vous à faire ? Vous levei à huit heures, être une heure à lire votre journal, ine heure à déjeuner, une heure à faire votre toilette, niàser dans le jardin, dans la maison, chez les voisin, faire un tour de promenade pour gagner de lappéti, dîner, aller prendre votre demi-tasse au café Turc, sr les boulevards, faire une partie de dames, revenir jour au loto, vous coucher, et recommencer le lendemaii. Vous êtes bien un véritable bourgeois de Paris. Je n vous ai vu sortir de votre apathie que dans le temp de la garde nationale. Parce que vous étiez sergent major et que vous aviez des épaulettes de capitaine vous affectiez de passer devant tous les corps-de-gard< pour qu'on vous portât les armes.
MALFILARD.
La paix, ma femme! la paix! je vous en prie. Depuis vingt ans que nous sommes mariés, je me suis fait à vos reproches ; c'est pour ainsi dire une espèce de ré- ' vrille-matin que je me suis accoutumé à entendre sonnu- Ions les jours; mais, je vous en prie, ne poussez pas plus loin votre humeur.