‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 334 sur 389 · ACTE III, SCENE I. 43i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I. 43i

MADEMOISELLE MALFILARD.

C'est qu'en vérité, mon papa, vous ne savez pas vous mettre à notre place. Comment ! voilà une femme qui vient loger dans notre maison , qui me fait des politesses toutes les fois que je passe sur l'escalier, qui me dit : Bonjour, mon petit cœur ; et nous ne pouvons pas savoir qui elle est.

MADAME MALFILARD.

Personne ne vient la voir ; elle ne voit personne dans le quartier , et vous ne voulez pas que nous séchions d'impatience. Enfin elle est jeune encore, elle est jolie; en venant louer l'appartement, elle nous a parlé d'un frère qu'on ne voit pas. Elle doit avoir quelques parents , quelques amis , quelques connaissances.

MADEMOISELLE MALFILARD.

Et nous serions si aises de pouvoir jaser !

MALFIL ARD.

Tu es bien la petite fille la plus espiègle! Elle

m'amuse avec son babil.

MADAME MALFILARD.

Fort bien , encouragez-la ; vous me l'avez gâtée cette enfant ; elle est curieuse , rapporteuse , médisante , coquette , éveillée et maligne. Eh bien ! mademoiselle , votre leçon de clavecin , faut-il que ce soit moi qui la prenne à votre place?

Tenez , maman , ne vous fâchez pas ; mais si vous vouliez m'exempter de ma leçon aujourd'hui , et me laisser agir à ma fantaisie , je gage qu'avant dîner je vous dis ce que c'est que cette madame Vercour. D'abord elle a envoyé chercher un bonnet hier chez le marchand mercier de la rue Saint-Paul, dont la femme fait

43s LES PROVINCIAUX A PARIS.

des modes qui valent celles de la rue de laFéronnerie; j'ai su cela par Suzanne , notre cuisinière : et puis elle a demandé en rentrant si vous étiez visible; et puis elle a demandé plus de crème que de coutume à la laitière: donc elle a quelque chose à vous dire , elle veut vous voir , elle attend quelques personnes à déjeuner ; c'est clair, n'est-il pas vrai ? et puis elle a reçu une lettre de la petite poste. Moi , je sais tout cela.

M ALVIL ARD.

Rien ne lui échappe à cette enfant-là.

MADAME MALFILARD.

Elle a raison; embrasse-moi. Je te gronde quelquefois , parce que tu le mérites ; mais tu es bien la plus aimable enfant que je connaisse.

MADEMOISELLE MALFILARD.

Tenez , justement c'est elle. Quand je vous ai dit qu'elle viendrait vous voir ce matin.

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