SCENE I
Mesdames JACOB, BAZIN.
MADAME BAZIN
Ils sont à souper chez Duparc, et ne se doutent pas que je sois revenue du bal.
MADAME JACOB
Et monsieur Desgraviers....
MADAME BAZIN
Depuis tantôt ne les a point quittés.
MADAME JACOB
Il est là sans doute à échauffer, à animer la jalousie de ce pauvre Duparc, comme à tâcher d'éveiller celle de votre cher époux.
MADAME BAZIN
Mais expliquez-moi donc quel intérêt vous prenez à ce Desgraviers?
Votre mari va revenir, il faut que je retourne chez moi... Hâtons-nous.
6a LES TROIS MARIS.
MADAME BAZIN
N'avons - nous pas déjà été assez loin? Mon mari a été très -fâché, très -intrigué quand il ne m'a pas trouvée....
MADAME JACOB
Fâché , oui , parce qu'aimant ses aises , il aurait désiré rentrer chez lui ; intrigué , non , car il a passé la soirée à jouer au trictrac , et il soupe tranquillement avec ses amis. Vous avez très-bien commencé à ce bal, en ayant l'air d'écouter avec intérêt les discours de M. Lecoq.
MADAME BAZIN
Jugez de ce qu'il m'en a coûté ; ce M. Lecoq , qui ne cessait de me prier à danser, de me prodiguer les bonbons, les oranges, les rafraîchissements, qui avait un air si jaloux quand je dansais avec un autre : ah! qu'il a bien le caractère de tous nos fats! A peine une femme leur fait -elle la moindre politesse qu'ils se hâtent de l'afficher.
MADAME JACOB
Et ses conversations avec moi! Vous saurez qu'il vous croit un peu coquette, qu'il vous soupçonne déjà quelques aventures, de façon que le voilà presque aussi jaloux de vous que ce pauvre Duparc de sa femme. D'après nos conventions, je l'ai flatté d'un rendez-vous. Il m'attend là-bas dans une voiture.
Un rendez-vous! ah! non, certainement.
MADAME JACOB
Lecoq' ne connaît pas votre mari; il vous croit \ cuve , il est jaloux , le rendez-vous est obligé.