ACTE II, SCENE X
DESGRA.VIERS.
Grâce aux écoles. Je ne peux pas m'en corriger. Il faut pourtant que votre femme s'amuse beaucoup à ce bal.
BAZIN
Eh bien ! tant mieux , cela me console.
DESGRAVIERS.
Qu'avez-vous donc , mon cher Duparc ? toujours triste , toujours des soupçons ?
DUPARC
Oh! mon Dieu non! je dois être plus tranquille que jamais; je viens d'avoir une conversation avec ma femme , où son amour pour moi , sa vertu , ses scrupules se sont développés avec tant de vérité , tant d'acharnement, si je peux me servir de l'expression, qu'elle m'en a presque excédé.
DESGRAVIERS.
Excédé , mon ami ! prenez-y garde ; ce n'est pas pour madame Duparc que je parle; mais sa conduite, et celle de la votre également, mon cher Bazin, me rappellent celle de ma première femme. Un jour, comme la votre , elle était au bal ; je la surprends en grande conversation avec un jeune homme. A ma vue on se sépare ; ma femme , affectant* une grande vertu comme la vôtre, me remet une lettre toute cachetée, qu'elle avait reçue, disait -elle, du galant. Le lendemain, le hasard fait tomber des poches de ma femme (les femmes portaient des poches dans ce temps-là) une autre lettre. Oh! pour celle-là, elle était bien décachetée ; on l'avait lue et relue , et on y traitait le pauvre mari....
En vérité, vous penseriez....
6o LES TROIS MARIS.
BAZIN
N'écoutez pas les contes qu'il vous fait. Mon cher voisin , il faut que vous me donniez à souper ce soir , puisque ma femme n'est pas rentrée.
DESGRAVIERS.
Et moi je soupe aussi avec vous; j'ai besoin de causer avec tous les deux; c'est qu'il est certain que ce monsieur Lecoq en veut à l'une des deux femmes.
duparc.
A la mienne, j'en suis sûr, et je tremble.
BAZIN
Pas du tout ; à la mienne , et j'en ris.
DUPARC
Oui , riez ; je suis loin d'accuser votre femme ; mais recommandez donc à ceux qui lui font la cour d'être un peu plus adroits dans leur correspondance, et de ne pas prendre les fenêtres des voisins pour les vôtres.
BAZIN
Comment! que voulez- vous dire?
DESGRAVIERS.
Encore une aventure! contez-moi donc...
duparc.
Venez, venez; madame Duparc et moi nous vous dirons à table tout ce que nous pouvons vous dire.