CTE III, SCENE VI
BAZIN
Comment, je te gêne! cela ne se peut pas. Tu plaisantes ; tu t'amuses sans doute.
MADAME BAZIN
C'est donc bien intéressant ce que vous faites là ?
BAZIN
Parbleu! une traduction des Offices de Cicéron.
MADAME BAZIN
Des Offices de Cicéron?
BAZIN
Oui. Traité des devoirs de la société.
MADAME BAZIN
Dans ce traité des devoirs , n'y a-t-il pas un chapitre sur les devoirs des maris envers leurs femmes ?
BAZIN
Oui il y en a quelque chose.
MADAME BAZIN
Eh bien! je vous conseille de le lire.
bazin, commençant a s'assoupir.
Je n'en ai pas besoin , je t'aime je t'aime beaucoup.
MADAME BAZIN
Oui, vous m'aimez ! comme un mari. Après un aussi long voyage.... Que dis-je ? et pourquoi ce voyage entrepris sans moi?.... Rougissez- vous de celle que vous vous êtes choisie pour compagne ?
bazin, presque endormi.
Moi! rougir!.... Je m'en glorifie J'en suis fou!
Il faut que vous ayez une bien haute idée de votre
mérite
bazin, toujours plus endormi.
J'ai tort. J'avoue que j'ai tort.
7ô LES TROIS MARIS.
MADAME BAZIN
Comment ! vous avez tort ?
BAZIN
Mais je veux changer. Oh ! oui , je changerai.
MADAME BAZIN
Fort bien. Dites-moi des impertinences pour mettre le comble.... En bonne foi, par quel charme vous flattez-vous donc de défendre notre cœur contre la complaisance, les soins, la flatterie? Répondez... Eh bien! il s'est endormi. Quel homme ! et j'étais tentée de lui
avouer Ciel! Lecoq va venir! Qu'il ne me trouve
pas seule près d'un époux endormi ! Laissons au fat le soin de le réveiller.
[Elle sort.)
bazin, en s endormant.
C'est charmant ! retrouver une femme j°he
près laquelle on travaille; on cause on dort
( Il s'endort tout-a-fait. )