ACTE IV, SCÈNE VIL
sur votre négligence ; une femme n'est-elle pas bien
digne d'excuse ?.
BAZIN
Bien digne d'excuse Voyons, voyons. (Il lit.)
« Du vingt-huit. M. Lecoq profitant du moment où il « me trouve seule , me déclare son amour ; je venais de cv recevoir une lettre de mon mari. Quelque froide que « fût son épître, il avait daigné me donner de ses nou- « velles, j'étais heureuse. M. Lecoq n'eut pas à se louer « de ma réponse, ou plutôt de mon silence, car à peine « lui dis-je deux mots.... » Eh bien!... c'est se conduire en femme honnête , prudente. Et pourquoi donc ne voulais-tu pas que je visse ce journal? Etait-ce pour aiguillonner mon .amour? Etait-ce pour ne pas me laisser voir toute l'étendue de ton attachement?
MADAME BAZIN
Ingrat! méritez -vous en effet tout l'amour qu'on a pour vous? [Voulant reprendre le journal?) Mais, c'en est assez , rendez-moi ce journal.
BAZIN
Non pas.
MADAME BAZIN
Croyez-moi, n'allez pas plus loin. (A part.) Il me fait rire avec sa confiance.
bazin, lisant.
« Du trente *. Le hasard me fait assister à la célé- « bration des mariages. La joie et l'amour qui brillent « dans les yeux de tous ces jeunes époux, l'empresse- « ment des maris auprès de leurs femmes, me font « faire malgré moi un triste retour sur moi-même ; je
* A l'époque où je donnai la pièce , le calendrier républicain était encore en vigueur, et on ne se mariait que les jours de décade.
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loo LES TROIS MARIS.
« pense à l'indifférence , à la froideur de mon mari... » Oh! voilà des reproches mérités, mais je veux me corriger; oui, je me corrigerai. (Continuant sa lecture.) « M. Lecoq , qui me suit par-tout, se présente « à mes yeux. Involontairement, je le trouve plus ai- « mable que la veille... » Comment, madame, vous le trouvez plus aimable ?
MADAME BAZIN
Vous avez voulu lire, mais de grâce....
( Elle essaie de reprendre le journal. )
BAZIN
Non , madame , je lirai jusqu'au bout... ( Continuant de lire.) «Du premier...» C'était avant-hier. «M. Lecoq « revient me voir , j'étais seule , attendrie par la lec- « ture d'un des romans les plus intéressants qu'on « puisse faire ; il me presse , il est éloquent. Je n'avais « pas reçu de lettre de mon mari; je ne peux m'em- « pêcher de le plaindre, il se jette à mes genoux. « H.... » des mots effacés.... « il me prend la main.... «je.... il.... » Ciel! la page déchirée au milieu de la phrase! Perfide! ingrate!
MADAME BAZIN
Qu'avez -vous donc, et pourquoi ces noms inju-
rieux ?
BAZIN
Pourquoi? je vous trouve bien hardie; des mots effacés, comme si vous aviez craint.... la page déchirée, comme si vous aviez rougi.... Mais, quoi! c'est peut-être le hasard; que dis -je? ce qui précède ne suffit-il pas pour justifier mon courroux ?
MADAME BAZI1Y.
Voyez que vos procédés seuls....