‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 67 sur 389 · ACTE IV, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIL

B A ZIN

Il n'est jamais trop tard pour reconnaître et réparer ses torts; c'est une jouissance que je veux me procurer, d'ailleurs : tu auras confié au papier tout ce que tu as fait, dit et pensé pendant mon absence; il me sera bien doux de voir avec quelle impatience tu désirais mon retour. Donne-le-moi donc.

MADAME BAZIN

C'est qu'en vérité... je ne sais seulement pas ce qu'il est devenu.

BAZIN

Jusqu'à présent tu l'as toujours serré dans ce secrétaire.

MADAME BAZIN

Il est vrai, mais.... je ne sais pas ce que j'ai fait de la clef.

BAZIN

Qu'est-ce que tu dis ? La voilà cette clef que tu as laissée à la serrure.

Pardon, j'y avais si peu pris garde.

bazin, en s' as seyant.

Allons, apporte-le-moi.

MADAME BAZIN

Mais en vérité, monsieur, jamais vous ne m'avez paru aussi curieux qu'aujourd'hui; il faut convenir que les femmes sont bien malheureuses, et les hommes bien injustes ; ou froids jusqu'à l'indifférence , ou exigeants jusqu'à la tyrannie.

BAZIN

Madame , vous le savez , je ne suis ni un tyran , ni un jaloux; mais, prenez -y garde, plus j'aurai eu de Tome III. 7

bonne foi , plus je serais furieux si jamais je m'apercevais que j'eusse été trompé dans ma confiance.

MADAME BAZIN

Eh bien ! vous m'enchantez en me parlant de la sorte.

BAZIN

Comment , madame? vous moquez-vous de moi !.... Eh ! mais , oui , c'est un jeu ; je n'en doute pas, tu veux rire , voir s'il est impossible de me donner de la jalousie : eh bien! te voilà contente, ma chère, tu vois que j'en suis susceptible comme un autre. Tu le sais, quand je t'engageai à l'entreprendre , ce journal devait faire les délices de nos soirées. Allons, voilà le moment arrivç, et je ne doute pas que la lecture n'en soit très-amusante pour nous.

( Il fait un pas vers le secrétaire. )

Monsieur , c'est un* abus de confiance , que sans doute vous ne vous permettrez pas.

bazin, ouvrant le secrétaire.

Pardonnez-moi , madame ; très-certainement je me le permettrai; un mari n'a-t-il pas droit aux secrets de sa femme? (Prenant le journal.) Ah! je le tiens, je le vois, je le reconnais.

MADAME BAZIN

Monsieur, au nom du ciel, ne le lisez pas; pourquoi se chercher des chagrins?

BAZIN

Se chercher des chagrins ! que dites-vous , madame ? Voyons donc ce qu'il contient de si chagrinant , ce journal.

MADAME BAZIN

Souvenez-vous des plaintes que je vous ai adressées

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