COMÉDIE EN QUATRE ACTES ET EN PROSE
Keprésentée pour la première fois le 18 mai 1801.
J'approche d'une petite ville , et je suis déjà sur une
hauteur d'où je la découvre Je me récrie et je
dis : Quel plaisir de vivre sous un si beau ciel et dans un séjour si délicieux! Je descends dans la ville, où je n'ai pas couché deux nuits que je ressemble à ceux qui l'habitent, j'en veux sortir. « La Bruyère, chap. Y
Voici ma pièce favorite, et c'est de toutes mes pièces celle où je trouve moi-même les plus grands défauts : mais je crois que c'est aussi celle qui annonce le plus de talent pour la comédie.
Au lieu d'une intrigue, j'en vois trois ou quatre, et c'est pour excuser ce défaut que j'avais d'abord appelé la pièce Comédie épisodique. Les amours et les jalousies de Desroches et de madame Belmont n'inspirent aucun intérêt ; leur reconnaissance est péniblement amenée , et cependant c'est là ce qui semble le nœud de la pièce; mais je prie le lecteur d'être aussi indulgent que le spectateur, d'oublier madame Belmont et ses amours, pour ne considérer que les originaux de ma petite ville.
Mes deux jeunes Parisiens rappellent encore les Etourdis : mais le caractère enthousiaste de Desroches qui s'enflamme et se refroidit subitement, le caractère raisonnable et railleur de son ami me semblent bien imaginés pour faire ressortir les principales parties de mon tableau.
Grâce à ces deux caractères bien développés dans les premières scènes ; grâce aux détails nombreux et plaisants que j'ai placés dans les rôles de Riflard, de madame Senneville et de Vernon , le premier acte est agréable, et je crois qu'il ne mériterait aucun reproche , sans l'arrivée subite de madame Belmont et de son vieux domestique.
i34 PREFACE.
Il y a bien quelque chose à dire à l'intrigue de mademoiselle Nina Vernon; elle rappelle un peu VEtourderie , jolie comédie de Fagan, et c'est un accident bien heureux pour moi que Desroches ait la vue basse et ait oublie ses lunettes; à cela près, le second acte tout entier me paraît bien.
Le troisième acte est le meilleur; et je crois que je n'ai rien mis au théâtre d'aussi comique que madame Guibert et sa fdle.
La pièce était d'abord en cinq actes ; entre le troisième et le quatrième acte actuel il y en avait un consacré à peindre la coquetterie de madame Sennevilie. Le public m'avertit que cet acte était de trop. Je le retranchai. Il en résulte un peu de confusion dans mon dernier acte, et d'ailleurs c'est dans ce dernier acte qu'il me faut ramener ma voyageuse parisienne, et la faire s'expliquer avec son amant. Aussi, combien cet acte est-il inférieur aux trois premiers ! Il s'y trouve pourtant encore quelques traits de bon comique.
Le passage de La Bruyère, dont j'ai pris une partie pour épigraphe, m'a fourni l'idée de la pièce. Les aventures de mademoiselle Vernon , et les prétentions de madame Guibert sur Desroches sont des anecdotes.
Un journaliste me reprocha de n'avoir peint que la mise , la démarche , en un mot \c physique de la province. Il soutenait que les situations et les caractères pouvaient s'appliquer tout aussi bien à Paris qu'aux départements. C'est possible. Je le dis moi-même dans la pièce. Les hommes au fond sont par-tout les mêmes. Ce sont les habitudes, les usages qui amènent quelques différent -es
entre les mœurs de la province et celles de Paris. Ma principale tâche était de saisir ces différences, et il faùl que j'aie été assez heureux dans mes efforts, puisqu'on Ht à ma pièce 1 honneur de la proscrire dans plus d'une petite ville. Tandis que les bons esprits de /'endroit riaient de ma comédie, plus dune belle dame m'accusait d'être un auteur sans principes, sans mœurs et sans charité.
PERSONNAGES
DESROCHES, jeune Parisien.
DELILLE, son ami.
DUBOIS , leur valet.
RIFLARD
VERNON
Madame SENNEVILLE,
Madame GUIBERT,
Nina VERNON, sœur de Vernon,
FLORE, fille de madame Guibert,
Madame BELMONT, jeune veuve, cousine de Delille.
CHAMPAGNE, valet de madame Belmont.
FRANÇOIS, valet de madame Guibert.
habitants de la petite ville.
La scène est aux portes et dans l'intérieur d'une petite ville.