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J jE titre de cette pièce est bien ambitieux; le sujet en est bien vaste , ou plutôt bien vague. Suivant un journal du temps , chaque spectateur avait fait d'après ce titre une pièce dans sa tète avant d avoir vu celle de l'auteur. Je crois cependant que le plus grand nombre s'attendait à voir ce que j'ai essayé de peindre , un jeune homme à son premier pas dans le monde , entouré de pièges et de séductions , tel que l'indique le vers d'Horace que j ai pris pour épigraphe :
Cereus in vitium flecti , monitoribus aspci .
Une pièce sous le titre de X Entrée dans le Monde m'imposait 1 obligation d'offrir un tableau du Monde. Pour bien ordonner ce tableau, je crus devoir ajouter et lier à l'action principale quelques scènes et quelques caractères épisodiques. Je crus sur-tout devoir peindre les vices et les ridicules qui existaient au moment où je composais l'ouvrage.
En 1799, des femmes galantes, ou ruinées, comme madame Saint-Alard , montaient une maison sur le ton de V opulence , et trouvaient le moyen de fournir à leurs dépenses par le produit de la bouillotte ou du trentei't-un ; des jeunes filles, comme mademoiselle Aglaé ,
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jouaient l'amour et la sensibilité pour trouver un établissement. Les salons de ces sortes de maisons offraient un mélange ou plutôt une confusion de toutes les classes de la société. On y voyait des députés des départements, comme M. Beaupré, qui fréquentaient les restaurateurs et les théâtres, courtisaient les dames, et spéculaient à la bourse ; de nouveaux enrichis , comme M. Dumont , bien insolents , bien grossiers , se plaignant d'être mal servis , et oubliant qu'ils avaient été laquais avant les assignats ; des femmes à sentiments , comme madame Dumont, qui se piquaient d'allaiter leurs enfants, et passaient la nuit au bal , prodiguaient des paroles pleines d'amour à leur mari , et se faisaient donner des diamants et des schals par un amant. A la même époque , de petits pédants, comme Favel, à peine échappés du collège, abusant de la licence de la presse , faisaient un journal, et, après avoir déraisonné sur la politique, prononçaient en oracles sur sa littérature; des ferrailleurs, comme Derlange , avaient des maîtresses qu ils appelaient leurs femmes , et se donnaient ridiculement un air de bonne compagnie dans les cafés, quils ne quittaient que pour aller au jeu. Je laisse au lecteur à juger jusqu'à quel point ces mœurs ont changé.
On me reprocha l'immoralité de presque tous ces personnages. Ayant à faire tourner vers le vice un jeune homme plein d'honneur , il fallait l'entourer des vicieux du jour. Le premier d'entre eux est un de ces êtres si communs sous tous les régimes , si connus sous le nom de chevaliers d'industrie , qu'on voit , comme mon Dablanville , aujourd'hui dans l'opulence, demain dans la
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misère ; car ils n'ont pas plus d'économie que de probité.
Les caractères des personnages intéressants ne tiennent pas à l'époque où la pièce fut écrite ; mais ils me paraissent bien choisis. Fabrice , jeune , raisonnable , que j'ai tâché de ne pas rendre pédant, s' apercevant des pièges tendus à son ami , me fournit l'occasion d exprimer le but de louvrage dans sa scène avec l'honnête Clermont dont il invoque les lumières et l'expérience. Sophie tour à tour fait sourire et attache le spectateur par sa confiance en Térigni, l'étonnement où la jette la coquetterie des Parisiennes, son inquiétude, sa jalousie, son dépit et son malheur; car elle se trouve aussi victime des fripons , sans l'avoir mérité comme Térigni ; enfin, ce jeune Térigni me paraît ce qu il doit être , honnête, candide , enthousiaste , curieux de voir et de jouir , facile à se laisser entraîner au vice , facile à se laisser ramener à la vertu. Je me sais sré de ne lui avoir fait oublier sa Sophie que dans un moment d ivresse. Je me sais gré de l'avoir presque sur-le-champ livré aux regrets et rendu à l'amour. Je crois qu'il fait des fautes , mais qu il n'est jamais avili.
Il y a de grands défauts dans cette comédie. Je fus séduit par l'idée de peindre la première impression qu'éprouvent de jeunes provinciaux à leur arrivée à Paris. Il en résulte que les événements se précipitent d'une manière invraisemblable. Comment est-il possible qu'en un seul entretien Dablanville s'empare de la confiance de Térigni? La scène me donna beaucoup de peine, et je la crois bien faite. Dablanville y est adroit, et Térigni