‹ ŒuvresChapitre 208 sur 345 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TÉRIGNI , FABRICE , SOPHIE , tous deux en

HABITS DE VOYAGE COMME AU PREMIER ACTE, ET COMME SE DISPOSANT A PARTIR.

sophie, a son frère, en lui montrant Tériçni.

Mon frère , le vois-tu J Me trompé-je? Il paraît interdit, abattu.

Comme quelqu'un qui vient de faire une sottise Dont il sent l'étendue alors qu'elle est commise.

TÉRIGNI.

Qu'entends-je? Quelle voix! Sophie! où me cacher!

FABRICE

Nous ne venons ici pour vous rien reprocher. Rassurez-vous.

térigni, cherchant à se composer.

De moi tu n'as pas à te plaindre }

FABRICE

Nous savons tout.

SOPHIE

Oui , tout.

FABRICE

Ne songez point à feindre.' .

SOPHIE

Nous voulons , puisqu'enfin il faut nous séparer , Sur nos vrais sentiments au moins vous éclairer. Soyez certain d'abord que Sophie et son frère Ne gardent contre vous ni haine ni colère.

FABRICE

Vous rompez le premier des nœuds chers, anciens ; Puissiez-vous être heureux dans vos nouveaux liens ! Personne plus que nous certes ne le désire.

SOPHIE

Vous faites sagement, même, s'il faut le dire, De renoncer à moi. Tant que je l'habitai Ce champêtre séjour que trop tôt j'ai quitté, Qui vit croître à-la-fois notre amour, notre enfance, Je croyais.... douce erreur de l'inexpérience! Que le parfait rapport d'âge , d'humeurs , de goûts Devait suffire seul au bonheur des époux : J'arrive , et je me vois bientôt désabusée : D'une fausse amitié par vous-même accusée, Je vois que par l'exemple et les flatteurs séduit, De ce monde en un jour vous avez pris l'esprit. Vous placez dans vos biens le bonheur de la vie; Vous ne seriez donc pas heureux avec Sophie ; Moi-même je dois donc vous rendre votre foi.

TÉRIGNI.

W\\ je ne suis pas né pour être heureux.

SOPHIE

Ni moi.

FABRICE

C'en est assez , ma sœur. Un seul mot, je vous prie. Que dans ce moment-ci votre cœur nous oublie, Nous vous le pardonnons, la fortune vous rit; Mais si jamais le sort sur vous s'appesantit, Venez à nous; j'en veux avoir votre promesse; C'est tout ce que j'exige , et dans votre détresse , Si vous cherchiez ailleurs des consolations, Voilà ce que jamais nous ne pardonnerions.

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