‹ ŒuvresChapitre 246 sur 345 · SCENE XXI. 33i · texte numérisé non relu

SCENE XXI. 33i

DURMONT.

En vérité ! Vous m'enchantez en me parlant de la sorte.

MONTBRUN

Ce serait une folie que de lui donner votre fille.

CÉCILE

Croyez-vous donc qu'une femme soit malheureuse avec lui ?

MONTBRUN

Très-malheureuse : pour se bien conduire avec une femme , il faut connaître le monde , avoir de l'expérience ; c'est tout neuf, ce petit jeune homme : il sera fort amoureux , fort exigeant , et puis il vous cloîtrera dans votre ménage ; vous n'aurez pas plutôt un ou deux enfants , adieu tous les plaisirs ; il vous faudra veiller vous-même à leur éducation : cela ne se fait plus , vous le savez ; la perspective n'est pas fort agréable.

CÉCILE

Ah ! je respire.

DU RM ON T.

Mais qu'est-ce donc que ce Malinval est venu me conter ?

MONTBRUN

Est-ce que vous l'écoutez ? à peine connaît-il ce jeune homme; je le connais mieux que personne, moi, et je sais son véritable nom.

DU RM ON T.

Et mais ! pourquoi ce changement de nom ?

M05TBRUN.

Pourquoi? c'est qu'il craint de rougir au seul nom de son père : c'est le fils d'un certain Valbert.

CÉCILE

Valbert !

DURMONT.

Valbert! dites -vous? un négociant de Nantes, qui passa au Cap il y a à peu près vingt ans ?

MONTBRUN

Précisément.

CÉCILE

Se pourrait-il ? Celui dont vous m'avez parlé si souvent, mon père?

DURMONT.

Eh ! pourquoi donc rougir de porter le nom de Valbert ?

MONTBRUN

On n'est pas bien aise d'être connu pour le fils d'un homme qui s'est ruiné par une bienfaisance mal entendue, et qui, en arrangeant les affaires des autres, a considérablement dérangé les siennes.

DURMONT.

Dites plutôt qu'il craint de faire rougir plus d'un ingrat, autrefois obligé par le père, et laissant aujourd'hui le fils dans l'indigence et dans l'oubli.

MONTBRUN

Cela se peut ; mais le fait est que ce Valbert n'a pas laissé une brillante fortune.

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