‹ ŒuvresChapitre 247 sur 345 · SCENE XXII · texte numérisé non relu

SCENE XXII

MALINVAL.

Il va tout gâter.

ARMAND

Mademoiselle, monsieur Durmont , après les marques d'amitié que ce matin encore vous m'avez données, il m'est impossible de supporter votre froideur; si ma présence vous déplaît , je saurai vous en délivrer.

DURMONT.

Non , mon ami , vous resterez ; pardonnez-moi d'avoir pu croire un instant aux discours de Malinval ; mais ne nous plaignons pas : si l'un vous a nui en voulant vous servir, l'autre, en voulant vous nuire , vous a bien mieux servi.

ARMAND

Mais au moins qu'il me soit permis de vous expliquer comment ce changement de nom , dont je sais que vous êles instruit, n'a rien que d'honorable.

DURMONT.

Je le sais, je sais tout : vous vous nommez Valbert , et vous êtes le fils de mon bienfaiteur, de celui qui, au moment de s'embarquer à Nantes, me força d'accepter pour moi, pour ma mère, les premiers mille écus que j'aie possédés et qui ont été la source de ma fortune; je voulais le remercier : Ne croyez pas, me dit-il , que je vous donne cette somme , je vous la prête ; lorsque vous serez assez riche pour vous en passer , vous la rendrez , non pas à moi , mais au premier honnête homme que vous trouverez dans une position semblable à la vôtre *.

* On attribue ce traita Franklin. Voilà ce qu'il dit, m'a-t-on assuré, à un homme honnête et malheureux qu'il obligeait de sa bourse suivant ses moyens. J'ai grossi la somme prêtée ou plutôt donnée, en vertu du privilège que les auteurs comiques s'arrogent de distribuer dans leurs comédies l'or et l'argent à pleines mains.

MALINVAL.

Un beau trait!

LAMBERT

Un homme rare !

MONTBRUS.

Il paraît que je contribue à une reconnaissance pathétique....

DURMONT.

C'est vous, jeune homme, que je reconnais pour mon créancier. Recevez donc la main de ma fille et trente mille francs outre sa dot; ces trente mille francs , vous les porterez. sur le contrat de mariage.

ARMAND

Mais c'est beaucoup plus....

DURMONT.

Et les intérêts de vingt ans ! A les prendre au cours d'aujourd'hui, je me trouve encore votre débiteur: ma fille.... je vous la donne ; mais l'argent! je ne fais que vous le prêter aux mêmes conditions que celles qui m'avaient été imposées par votre père.

Toujours aimable, toujours gai, le cher Durmont.

ARMAND

Quelle reconnaissance ne vous dois-je pas? Mademoiselle, c'est à vous maintenant à confirmer....

CÉCILE

Sur-tout, Armand, cherchons bien vite à nous acquitter de la dette de votre père.

ARMAND

Et que , d'âge en âge , cette somme remplisse scrupuleusement l'intention du fondateur.

DURMONT.

Bien , mes enfants !

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