‹ ŒuvresChapitre 258 sur 345 · ACTE I, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIL

MADAME SAI>T-HILAIRE

Voyez un peu si l'on ne prendrait pas de l'humeur à moins. Une fortune immense à un imbécille comme celui-là !

SAINT-HIL AIRE

Tandis que nous autres gens d'esprit , nous n'avons que des créanciers.

PAVARET.

Eh bien! moi, je suis fâché qu'il nous quitte. Dans une diligence , il faut un plaisant et un sot : moi , je suis le plaisant , et notre voiture était complète. Ma foi, vive une diligence en voyage! on fait la cour aux dames, on s'amuse aux dépens des sots; on a peur des voleurs , des ornières ; chacun raconte ses affaires , fait son histoire , chante sa chanson ; on joue à des jeux innocents , on donne des gages , on triche, on embrasse; on s'était embarqué dans l'impatience d'arriver , on arrive , et l'on est fâché de se séparer.

DERVTLLE.

Il a l'air de plaider, l'avocat.

Par exemple , la notre ! En montant en voiture a Paris je reconnais le capitaine Derville, le fils d'un de mes anciens clients, qui profite d'un congé pour aller passer quelque temps à Joigny ; moi , je vais plaider à Briançon sur l'appel d'une cause que j'ai gagnée , et dont la défense, par parenthèse, m'a fait le plus grand honneur : c'est charmant. Je fais connaissance avec monsieur et madame de Saint-Hilaire , artistes dramatiques distingués , qui vont jouer la comédie à Genève ; quel plaisir pour moi , qui suis passionné pour la comédie , et qui l'ai jouée avec tant de succès en société ! T'en souviens-tu, capitaine, chez Mareux, rue Saint- Tome IL 2 3

354 LE COLLATERAL.

Antoine , n° l\6 (*) ? Tu étais alors au collège , et moi j'étais clerc de procureur.

DERVILLE

Parbleu ! si je m'en souviens; je jouais Criquet dans la comtesse dEscarbagnas.

MADAME SAINT-HILAIRE

Comment, monsieur l'avocat, vous avez joué la comédie ?

PAVARET.

Les Crispins et les Orestes. Avec le plus grand succès. C'est nécessaire dans notre état pour apprendre à parler en public. Ah ça! vous allez donc jouer les pères nobles, et madame les soubrettes?

SAINT-HILAIRE

Hélas ! oui.

PAVARET.

Mais c'est un fort bel emploi ; vous êtes jeune encore , il est vrai.

SAINT-HILAIRE

Oui, mais je prends de l'embonpoint.

MADAME SAINT-HILAIRE

C'est qu'il jouait les amoureux dans la perfection.

PAVARET.

Et madame s'y connaît.

SAINT-HILAIRE

Je ne m'en cache pas ; c'est un emploi que je regrette ; de beaux rôles , de bons appointements.

MADAME SAINT-HILAIRE

Et ses bonnes fortunes , dont il n'ose pas parler devant sa femme.

* 11 \ a f.n long-temps rue Saint-Antoine un théâtre de société où plusieurs oonié(]i<ns ont fi* î r leurs premiers essais.

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