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ACTE I, SCÈNE VIII

DERVILLE

Je suis amoureux , mon ami.

PAVARET.

En vérité? toi, amoureux! Un philosophe!

DERVILLE

Et c'est précisément par philosophie que je suis amoureux. Tu sais qu'épris , dès mon plus jeune âge , de l'art militaire....

PAVARET.

Comme moi de l'art oratoire , sans compter le goût des belles - lettres , qui nous est commun à tous deux. Après.

DERVILLE

J'ai toujours mené une vie joyeuse et indépendante.

PAVARET.

Qui , partisan déclaré du vin , du jeu et des femmes , je t'ai toujours connu pour un assez mauvais sujet.

DERVILLE

Eh bien! mon ami, on se lasse de tout. L'an passé, j'étais en congé à Paris; je fais rencontre, chez une dame fort respectable, d'une jeune fille fort jolie, ma foi ! un bon caractère ; et me voilà amoureux , oh ! mais vraiment amoureux , et déterminé au mariage.

PAVARET.

Au mariage! Eh! mais, d'après le portrait que tu m'en fais , ce devrait être une affaire terminée.

DERVILLE

Eh! parbleu, nous sommes d'accord ensemble; mais il y a un oncle, un tuteur, médecin à Joigny. Il a fait venir sa nièce auprès de lui ; c'est ce que j'ai appris par notre correspondance. Et moi, bien pourvu de lettres de recommandation pour tous les notables de

l'endroit, je m'étais aventuré à venir à Joigny pour me concerter avec ma Constance et demander sa main au tuteur.

PAVARET.

Je ne vois pas jusqu'à présent quel rapport peut exister entre tes amours et notre héritier collatéral , marchand de bois à Villeneuve-sur-Yonne.

DERVILLE

Celle qu'il vient épouser est la personne que j'aime ; le tuteur à qui je voulais m'adresser est le médecin qui a expédié l'oncle dont il vient hériter.

PAVARET.

Est-il possible?

DERVILLE

L'héritage est immense , le tuteur est avare , le mariage est arrêté. Etonne-toi après cela de mon humeur contre cet original que je ne connais pas , que nous n'avons pas vu , puisqu'il est monté de nuit dans la diligence, mais qui doit être laid, vieux, mal tourné, hideux, si sa figure et sa tournure répondent à ses discours et à son esprit.

Oh! oui, c'est un génie qui s'annonce d'une manière brillante. Quel parti vas-tu prendre?

DERVILLE

J'étais tenté, dans la voiture, de lui chercher querelle, et de le renvoyer vendre ses bois à Villeneuvesur-Yonne.

PAVARET.

C'est parler en soldat; moi, je raisonne en avocat : point de violence, de l'adresse. Ah! quel dommage que je sois obligé de poursuivre demain ma route, je

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te servirais en ami ; et moi , qui ai joué si souvent la comédie... A quelle heure part demain la diligence?

DERVILLE

On n'attend les relais qu'à huit heures du matin.

PAVARET. .

C'est un peu tard pour se mettre en route, c'est trop tôt pour consommer une intrigue ; mais quoi ! ce soir au moins n'aurais-tu pas besoin de mes services? Dispose de ton ami , capitaine , je t'en prie.

DERVILLE

Et vraiment, si dès ce soir je pouvais voir ma Constance.

P AVA.BE T

Cela ne serait pas mal.

DERVILLE

Mais comment éloigner le tuteur ?

Sais-tu où est sa maison ?

DERVILLE

La voilà : oh! on me l'a bien indiquée; le médecin Montrichard , en face de l'auberge de la diligence. Toutes les fenêtres sont fermées : on se couche de bonne heure à Joignv. Comment réveiller la pupille sans réveiller en même temps le tuteur?

PAVARET.

Et pourquoi donc respecter le sommeil du docteur? Attends, attends.

(// sonne a la porte de Montrichard.

DERVILLE

Comment! et que fais-tu donc là?

PAVARET.

Je sonne pour qu'on nous ouvre. "\'est-il pas médecin, ce tuteur3

36o LE COLLATÉRAL.

DERVILLE

Le diable m'emporte si je conçois rien....

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