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le bout de strophe qui chantait dans le cerveau, vingt fois repris, griffonné sur des coins de feuilles jaunies ou sur l'envers d'une lettre ; toutes les fleurs desséchées d'une pensée qui n'est plus, exhalant le parfum vieilli des souvenirs arrachés à l'ombre oii ils dormaient. Il se dégage une impression singulièrement douloureuse des documents d'une vie éteinte : il me semble qu'elle a quelque chose de plus pénétrant, quand l'œuvre d'un artiste s'y ajoute aux intimités de l'homme, et que les ébauches restées informes, les travaux restés incomplets, mêlent à la mémoire de l'existence brisée les débris de l'œuvre interrompue.
Léon Valade n'a été, de son vivant, apprécié à toute sa valeur que par un groupe restreint d'amis et de lettrés. Il n'a jamais cherché la renommée : on pourrait presque dire qu'il l'a fuie : et peut-être, cepeiulant, tel qui a fait tout d'abord un gros tapage autour de son nom, laissera- t-il après lui beaucoup moins que notre ami. Il a enfermé, d'une main singulièrement délicate, des sentiments exquis dans des vers achevés : il faut autre chose pour le bruil du moment; mais cela suffit pour rester.
Il y a un caractère d'homme, qu'on rencontre parjois dans la grande famille des arts et de la pensée : je parle de ces esprits d'élite, aimant , sentant le beau comme personne, vivant pour lui et par lui, nés, à ce qu'il semble, pour se faire leur place du premier coup, mais qui paraissent mettre, à éviter le bruit, autant d'obstination que les autres en mettent à le rechercher.
Soit que leur délicatesse s'effarouche de l'àpreté labo-
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ritiise et dti moyens bruyants nécessaires à la conquête du succès, soit qu'un esprit critique trop raffiné leur fasse trembler la main à la hesogtu ; ils abandontunt aux autres sans regret, ou tout au moins sans effort, leur légitime part de renommée; produisant peu, à loisir; — prenant plaisir à disséminer ce qu'ils font , ou à s'effacer sous des pseudonymes, comme s'ils mettaient je ne sais quelle coquetterie à se faire retrouver par les dillet tantes; — satisfaits, si, après une existence remplie par l'admiration des maîtres et par les amitiés de l'intelligence, ils laissent le léger bagage d'tcuvres achevées qui peut témoigner de ce qu'ils ont valu.
Léon Valade était de ceux-là. Il appartenait au groupe de poètes qui surgirent vers iS6o, et qu'on a nommés les Parnassiens. C'était l'heure oii une sorte de rumeur, encore confuse, annotiçait dans la jeunesse le premier réveil après les huit ans de silence qui avaient ouvert l'Empire. On sait quelle réaction, au lendemain du 2 Décembre, avait étouffé, non seulement les passions de la veille, mais encore le mouvement de la pensée. L'auteur des « Fleurs du Mal, » dans une mémorable préface, a exprimé l'impression de profonde répugnance éprouvée par les lx>mmes de sa sorte, dei-ant les générations de jeunes vieillards que chaque année renouvelait. A une période d'exubérance avait succédé une époque de refroidissement aimloguc à l'époque glaciaire des géologues : seulement les éléphants à long poil et les ours des cavernes, y étaient remplacés par des dramaturges bourgeois et par des critiques normaliens.