‹ ŒuvresChapitre 39 sur 58 · A SULLY PRUD HOMME · texte numérisé non relu

A SULLY PRUD HOMME

Dans partage une femme occupe ma pensée; Et je n'ai qu'à fermer les yeux pour la revoir, Bien que j'allasse vite et que ce fût le soir, La seule fois que sur ma route elle est passée.

Une autre vision que n'ont point effacée

De longs jours, c'est, couchée aux pieds d'un vieux manoir,

La paisible bourgade aux toits de chaume noir

Que je n'ai qu'en voyage, une fois, traversée.

Et ces deux souvenirs, mêlés, font la douceur D'un songe où je me vois cachant sous l'épaisseur Des chaumes un amour que la mort seule achève :

Consolé de ne pas ni'être arrêté devant Le doux site et le beau visage décevant, Puisqu'il n'est de bonheur, ici-bas, que le rêve.

PATSAOBS BT «ANTAISIBS 3$)

'DÉ'DICoiCE

V>OMME j'ai poursuivi des mirages heureux Au fond de tes grands yeux où le rêve s'azure, Je veux, pour te payer ma dette avec usure, Te faire un monument de mes vers amoureux.

Comme tes yeux m'ont fait des peines sans mesure. Mes vers, en t'exaltant, te seront rigoureux : Car ton nom nulle part ne sera dit par eux, Et de le bien garder la tombe sera sûre !

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Alors, tu connaîtras aussi les regrets vains. Ta forme sculpturale et tes contours divins Vivront dans une image en bronze pur coulée,

Mais que l'artiste aura, par un arrêt fatal, Condamnée à durer un âge de métal.

D'impénétrables plis barbarement voilée.

PAYSAGES BT FANTAISIES

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FILLES T>U TEUTLE

IjONGTEMPS, dans la campagne immense, nous voyons Li neige couvrir tout, sentier, bois et chaumière, Et chaste se garder dans sa blancheur première Au soleil qui la doit fondre de ses rayons.

Dans nos villes aussi, tristes et sans lumière, La neige sous nos yeux tombe en blancs tourbillons ; Mais de nos pas pressés déjà nous la souillons, Et les pavés en font leur fange coutumière.

Aussi vite périt votre rire innocent I

Et c'est vous que le pied du plus grossier passant

Foule, virginités frêles et sans défense :

Vous qui deviez dormir sans tache, jusqu'au jour Où, d'un baiser plus chaud que le soleil, l'amour Eût fondu les candeurs neigeuses de l'enfance.

PATSAOBS BT FANTAISIBS 357

v/i U'N.E COSSCÉ'DIETi.'H.E 'DE S^LO'N

L'AXS une gravité contrainte et singulière Dissimulant à peine un sourire charmant, Vous aviez le grotesque et sombre accoutrement Des médecins pédants dont se joua Molière.

Double gaîtél d'ouïr la prose familière

Du maître châtier ce lourd fatras qui ment.

Et les grands mots latins qu'on dit pompeusement

Sortir de votre bouche aimable d'écolière.

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Sur votre jeune front le doctoral bonnet S'accordait vainement à ce jargon, qui n'est Que puérile emphase et science caduque :

Le bras blanc aperçu dans l'évasement noir

Des manches, quel contraste ! Et quel plaisir de voir

Comme vos yeux brillants raillent votre perruque 1

LE yi'>i.

L'AN s l'humide noirceur des caves enfouie, Ainsi que les trésors, la bouteille où le Vin Recueillit si souvent sa vertu, laisse enfin Luire au grand jour un flot de pourpre épanouie.

Le fin pétillement que perçoit ton ouïe En toi, buveur, évoque un mirage divin Où bruit, vendangeant la côte et le ravin, Une troupe qui va chantante et réjouie.

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Le Vin coule pour tous, flamboyante saveur! Mais sa meilleure ivresse, il la garde au rêveur, Au poète qui, seul, à son prix le révère...

Lorsque ma tcte lourde incline aux doux sommeils, Souvent mon œil mi-clos regarde au fond du verre : lit le Vin souriant cligne ses yeux vermeils.

PAYSAGES ET FANTAISIKS séx

SIGISnÉIS!\CE

A G K R M A I N ti CI U V E A V

i-'iLETT AN TE dcs riciis cxquis Je la toilette, Je vais partout où vont les petits pieds fringants ; Mon œil mesure, sous l'étroitesse des gants, La main, la belle main qu'on baise et qui soufflette.

Je bois la fine odeur d'ambre ou de violette Des traînes de velours aux grands plis arrogants. Je suis le page des ports de tête élégants Et l'esclave des yeux luisant sous la voilette.

26a A MI-COTE

Féminine harmonie aux plastiques accords,

Je regarde onduler les paresses du corps:

Et dans le parc, les soirs d'été, sur la terrasse.

Aux gestes, aux rougeurs, aux sourires charmants, Je fais tout bas de longs aveux et des serments. Étant un des fervents amoureux de la grâce.

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