‹ ŒuvresChapitre 43 sur 58 · SOLEIL COUCH^'K.T · texte numérisé non relu

SOLEIL COUCH^'K.T

ixPRÙsles longs travaux du jour, monsieur Homais, Pharmacien-droguiste, est au seuil de sa porte Pour respirer l'air pur qu'un vent de l'ouest apporte... Il rêve, son esprit ne reposant jamais.

Et, par delà la lande où toute graine avorte, Avide de verdure et de spcct.icles frais. Son regard ému plonge aux bourbes du marais Où fleurit la sangsue aimable sous l'eau morte.

Il bénit la Nature !... Et comme le soleil, Qjii se couche, rougeoie et fait, tison vermeil, Loucher sinistrement la prunelle des bouges,

Monsieur Homais croit voir, son œil s'arrêtant sur Les nuages pourprés parmi le glauque azur. Un céleste bocal peuplé de poissons rouges.

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'BkAT^4ILLE 'DE D^SaCES

k ERNEST d'uERVILLY

Le ciel bleu ne vit point s'engager la bataille Dans une plaine rase ou dans nos vieux faubourgs ; Les armes dans la chair n'ouvrirent point d'entaille ; Le choc ne se fit pas à la voix des tambours.

C'était au beau milieu d'une paisible foule, Sous l'estrade où chantaient les tendres violons. Aux accords de Mozart, doux comme une eau qui coule, Deux regards se croisaient étincelants et longs.

Nul ne vit cette liainc ardente jusqu'au crime, (La divine musique eût apaisé des loups!) I''t j'assistai muet à la muette escrime, Seul témoin du combat et seul juge des coups.

« Bravo, les rubans blancs ! » — «Ferme, les rubans rose J'acclamais tour à tour chacune des couleurs; Je me remémorais la guerre des Deux-Roses, Et j'évoquais ton nom, vierge de Vaucouleurs.

Les coups d'œil vipérins, lames entre-choquécs, Simulaient à merveille un jeu de fleurets clairs... Comme de noirs tremblons les jumelles braquées Lançaient obliquement de livides éclairs.

Et je me demandais, surpris des frénésies

Par qui les doux yeux bleus flambent sinistrement,

Ce qui peut allumer de telles jalousies:

La primeur d'une mode? ou le cœur d'un amant?

Étaient-cc la Finance et l'Aristocratie ? Toutes deux à l'Église avaient-elles quêté ? — Énigme! qui pour moi ne fut pas éclaircie : Mais c'était un assaut terrible, en vérité !

Chacune eût du Mépris figuré la statue. Le col gonflé, l'œil fixe et la narine au vent; Pâle... Et si l'on pouvait croire qu'un regard tue, Le duel, certes, n'eût pas laissé de survivant.

PAYSAOBS ET FANTAtSIBS 2^^

Mais cette furi.1 française, ou plutôt corse, Ne pouvait, par bonlieur, aller qu'eu décroissant ; L'attaque et la défense étaient d'égale force: Il (iiUut s'arrêter avant le premier sang.

Chacune, lentement, détourna la paupière... — Tels ces preux, que leur bras puissant fit renommer, Échangeaient, tout un jour, de grands coups de rapière Et se quittaient le soir, n'ayant pu s'entamer.

2j6 A MI-COTE

L^ %E'KCOnT'K,E'

^oos les tilleuls en fleur l'orchestre frénétique Mêle joyeusement les filles aux garçons... Certain couple inconnu de la foule rustique S'en distingue, élégant de taille et de façons.

Dans les balancements étranges de leur danse Ils croisent en riant un coup d'œil singulier; Leur tête se renverse ou s'incline en cadence, Et la belle tout bas dit .à son cavalier :

* Imité de Henri Heine.

« A votre chapeau vert, mon beau sire, pendille

« Un lis, tel qu'il en croit au fond de l'Océan...

« lin vain vous vous cambrez comme un fils de famille :

« Vous ne descendez pas de la côte d'Adam 1

« Vous êtes un Ondin, qui venez dans ce monde « VilKigeois enjôler les filles sans soupçon. « Je vous ai reconnu vite, échappé de l'onde, « Rien qu'.\ vos fines dents d'arêtes de poisson.»

Et de nouveau leur danse étrange les balance Avec des hochements de tête à chaque pas. Des rires, des clins d'yeux échangés en silence ; Et le cavalier dit à sa belle tout bas:

« Votre main douce, en vain je la presse avec zèle : « J'y sens courir un froid de glace sous la peau 1 « Et d'où vient que je vois, ma noble demoiselle, « A cette robe blanche un ourlet trempé d'eau?

« A votre révérence, ironique et mutine, « Je vous ai reconnue enfant du gouffre amer. « A coup sûr, tu n'es pas fille d'Eve, l'Ondine ! « Ma petite cousine, oh ! tu viens de la mer. »

— Les violons font trêve, et la danse est finie; Retombant sur ses pieds, le beau couple p.iïen Aussitôt se sépare avec cérémonie :

Tous les deux, par malheur, se connaissent trop bien.

LES éMc4TIC7^S

%E'H,OUyEotUX

La première fleur m'a dit: « Livre A l'oubli ta brève douleur; Voici le printemps 1 » — Mais le givre A tué la première fleur.

Hier, la première hirondelle M'a dit : « C'est le printemps, c'est lui ! » La bise a soufflé : d'un coup d'aile, L'hirondelle première a fui.

282 A MI-COTIÏ

La grimace du vieux Décembre Masquant le sourire d'Avril, Je songeais, frileux dans ma chambre :

« L'hiver jamais finira-t-il? »

Mais voici passer la première Amoureuse, seins palpitants.

Œil plein d'azur et de lumière...

Et cette fois, c'est le printemps 1

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