‹ ŒuvresChapitre 44 sur 58 · U LEVE · texte numérisé non relu

U LEVE

I H A R M A N T E, les ycux bruns de mollesse baignés, Dans le désordre exquis des cheveux non peignés, Jeune fille déjà, l'air d'une enfant encore ((îrace double! qui tient de l'aube et de l'aurore), 1 lie est là, se croyant toute seule... Elle a pris, D.ins le frisson neigeux de la poudre de riz, Une houppe de cygne: et, dormeuse encor lasse, Sur la pointe des pieds se hausse vers la glace Par un effort qui la cambre légèrement. Pose coquette : ainsi le divin gonflement

Du souffle accuse mieux la naissante poitrine ; En même temps que bat l'aile de la narine, Et que les cils pressés palpitent sur les yeux. Attentive, elle tend sa peau d'un grain soyeux Qji'effleure le duvet doux comme une caresse; Et se dépite à voir que toujours transparaisse Le sang jeune, par qui son teint reste vermeil De la carnation récente du sommeil.

Car elle a beau poudrer sa joue ardente et fraîche, Où, dans le rose, pointe une rougeur de pêche. Toujours ce vilain rose et ce rouge insolent Triomphent...

O Morale, aïeule au chef branlant !

O duègne, qu'en secret la mode farde et grime. Ne t'indigne pas trop (bien que ce soit un crime D'opprimer sous l'hiver le printemps rose et nu). Ne t'indigne pas trop de ce crime ingénu. Si naïve, l'erreur peut être pardonnée.

Songe qu'Avril aussi, jeunesse de l'année. Parfois s'éveille avec un caprice pareil, Et fait, à la surprise extrême du soleil. Sur les rouges bourgeons, drus et pressés de vivre. Scintiller la blancheur délicate du givre.

LBS MATINS a8$

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