DO'H. QUICHOTTE
\Jù sont les liauts projets et les rêves de gloire Q.ui te gonflaient le cœur, sublime aventurier? Ton front, qui paraissait attendre le laurier. Penche, hélas ! alourdi d'une tristesse noire.
Ton bras eut beau combattre et ta bouche crier: A grands coups de bâton sur ton dos, ô déboire! D'ignobles muletiers ont marqué leur victoire ; Et ton pied, mainte fois, a vidé l'étrier.
A MI-COIE
Droit sur d'affreux géants tu courus, lance haute : Mais si ce n'est ton cœur, tes yeux furent en faute Et ta superbe audace eut un sot dcnoùnient.
Ta désillusion pire, c'est Dulcinée...
Et voici, pour combler la finale journée, Qjie l'écuyer Sauclio ricane lourdement.
LBS SOIRS }6t
On te croit fou, de voir seul ce que chacun nie; Cependant tous ont tort, et toi seul as raison, Imputant ta défaite à quelque trahison Des enchanteurs mauvais qu'offusque ton génie.
C'étaient de vrais géants qui barraient l'horizon, El que change en moulins leur terrible ironie ! Ton cheval, qui n'est plus qu'une rosse honnie. Frais et fier en partant volait sur le gazon.
Ta dame Dulcinée était bellâ et princesse, Avant que le guignon qui te poursuit sans cesse N'en fit une vachère indigne de tes vœux.
Un obstacle toujours se dresse ridicule Devant ton but : toujours se dérobe et recule, Justice, Gloire, Amour, la palme que tu veux.
O preux que maint tiurcau fit danser sur ses cornes ! Plus d'un, sur un cheval superbe et piaffant, Au départ, comme toi, sonnait de l'olifant Et, battu mille fois, connut tes retours mornes.
Le même encliantcnicut funeste, ô vieil enfant. Promène encor, rivaux de ta candeur sans bornes, Des poètes épris de rousses Maritornes, Des fous aj'ant pour cri : « Guerre au mal triomphant ! »
Plus d'un regrette encor sa bonne foi trompée Par des larrons; plus d'un lance des coups d'épée due détournent du but les démons envieux ;
Et le peuple toujours se tord d'aise et se pâme, Le peuple ingrat, à voir la souflrance d'une âme Chevaleresque dans un corps débile et vieux.
Mais que sont les ennuis de notre destinée Près de la tienne, triste et risiblc à souhait I Jamais astre plus vil n'eut plus noble jouet ; Et toute malechaiice en toi semble incarnée.
Tu ne peux nicnie pas finir seul et muet:
Et, comme le soir froid d'une ardente journée.
S'éteint dévotement ta vie, abandonnée
Des grands rêves de qui notre amc s'engouait.
Puissions-nous, traversant mille épreuves amèrcs, Mourir du moins sans vous renier, ô chimères, Obstinés pour le beau, justes impénitents I
Et veuille le destin, plus clément que Cervantes, Épargner à l'horreur de nos derniers instants L'édification des sots et des servantes.
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