A MONSEIGNEUR LE DUC d'ENGHIEN
[Août 1645.]
Monseigneur, si je n'ai pas été si prompt à me réjouir avec vous, d'un succès qui vous a coulé M. le marquis de Pisani% je pense que vous ne le trouverez pas étrange, et que Votre Altesse me pardonnera si, en cette occasion, j'ai été plutôt sensible au déplaisir qu'à la joie. Je ne crois pas, monseigneur, moi qui mettrois volontiers ma vie pour votre service, que ceux qui l'ont perdue en vous servant l'aient mal employée ; mais je voudrois de bon cœur être en leur place pour ne me voir pas si malheureux, que d'être obligé de pleurer dans une de vos victoires. Cependant, monseigneur, ayant reçu une des plus rudes afflictions dont je pouvois être touché, ce ne m'est pas une petite consolation que vous soyez sorti si heureusement et si glorieusement de tant de périls, et que le ciel ait con- ' Rival de Rodomonl.
^ Mss. de Coiirart, p. 774.
^ Il fut tué à la bataille de Nordllngen, gagnée par le duc d'Enghien sur les Impériaux, le 3 août. Pélisson fît une ode sur sa mort ( Œuvres, 1. 1, p. 179). Il y a une belle strophe :
D'une démarche guerrière,
On le voit partout aller
Où la flamme et la poussière
Semblent de loin l'appeler.
Ni le bruit ni le carnage
Ne changent point son visage ;
Et d'un cœur vraiment romain,
Pendant qu'il frappe et qu'il tue,
Son âme en soi retenue
Conduit les coups de sa main.
22 LETTRES DE VOITUKE.
serve une personne en laquelle je puis ijiettre tout le respect et le zèle que je pourrois avoir voué à toutes celles que je saurois jamais perdre. Je prie Dieu, monseigneur , qu'il garde votre vie plus soigneusement que vous ne ferez, et qu'il me donne le moyen de témoigner à Votre Altesse combien et avec quelle passion je suis, votre, etc.