A MADAME
31. de Castelnau se porte bien, M. de Mercœur a été légèrement blessé, et le marquis de Fors ' Vest extrêmement.
Je vous loue de la bonté que vous avez d'avoir soin des morts et des blessés, et je vous en remercie pour la part que j'y puis avoir. Je le fus de nouveau la dernière fois que je vous ai vue; mais en un point que je vois bien que je n'en pourrai jamais guérir, et qu'à moins de ne bouger plus de votre ruelle et d'être toujours à deux pas de vous, je ne crois pas que je puisse vivre. Sans mentir, madame, c'est une grande imprudence à vous de vous faire connoître aussi aimable que vous êtes à ceux à qui vous ne voulez pas de mal. Lorsque je ne voyois que la moitié de vos charmes et de votre esprit, vous en aviez déjà plus que je n'en pouvois supporter. Imaginez-vous en quel état je dois être à cette heure. Je n'ai pas eu, je vous jure, un moment de repos depuis que je vous ai laissée. Mais avec cela j'ai tant de satisfaction et tant de joie, que, quand j'en devrois mourir dans une heure, je ne voudrois pas me plaindre de vous. Aussi bien, puisque vous devez vous en aller bientôt et que ma vie est menacée d'être si malheureuse, je ne dois pas craindre de la perdre, et je serai bien aise que vous me Tôtiez devant que de partir d'ici.
' Mss. de Conrart, p. 468, cl Uelles-Leur en françaises y Mss. 151, t. Il, p. 28.
2 Frère de M'''' du Vigcan.
LETTHES AMOUUEUSES. 243