‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 114 sur 151 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Il vous bied fort bien de rire .

Vous êtes en belle humeur, Mais quoi que vous puissiez dire, Voiture a bien du bonheur,

Qu'il ne sait pas

Tous vos ébats :

Guillemette, oh! la, la, la!

Qu'il en auroit de malheur !

Sans menlir, vous faites des merveilles, et en vers et en prose personne ne vous égale. Pour moi, j'en suis dans un étonnement le plus grand du monde, et quand je songe quelle innocente vous étiez cet hiver, que vous n'osiez dire les choses les plus communes et que vous pensiez que sophiste fût une injure, je ne puis comprendre comment vous pouvez faire tout ce que vous faites à cette heure, et qu'une personne qui n'a jamais lu qu'une <îomédie puisse être devenue si savante. C'est un miracle que je n'entends point, et quand j'ai ouï les religieuses de Loudun parler latin et grec, je n'ai pas été si étonné que je le suis de vous voir écrire. Je vous supplie au moins, madame, de ne vous pas servir à me tromper de cet esprit qui vous est venu : car je vois hien que si vous l'entreprenez, je ne l'empêcherai pas. Je vous remets donc sur votre foi, et vous demande seulement que vous me soyez fidèle jusqu'à ce que vous en trouviez un autre qui vous aime, qui vous estime, qui vous admire autant que je fais.

• .Mss. de Conrart, p. 470, el Bclles-LcUrci françaises, Mss. 151, l.n, i». 30.

.>t. — A MADA.MK * ' 1.

Après avoir l)ien songé à tout ce qui se passa hier, je vous promets davantage que vous ne désiriez de moi : car je vous assure que je ne vous demanderai jamais rien, et même que je ne vous verrai jamais. J'en viens de faire des serments et des résolutions si étranges, que si j'y manque jamais après cela, je ne vous pourrai plus donner qu'un cœur lâche et une âme la plus parjure du monde. A la vérité, il faudra qu'il y ait une extrême foiblesse en l'un et en l'autre, s'ils retombent entre vos mains. Après tant de mauvais traitements qu'ils y ont reçus, je mériterai bien tous les maux que vous me sauriez faire, si le souvenir de ceux que vous m'avez faits ne me délivre pas de vous. Un rayon de lumière qui m'est comme venu des cieux m'a éclairé dans mon aveuglement, m'a fait voir la tromperie de vos charmes, et connoîtrc que ce que je tenois hier la plus désirable personne de la terre, est celle qui est la plus à craindre et la plus à fuir. Trouvez donc bon que je cherche du repos ailleurs, voyant que je n'en puis avoir auprès de vous ; et puisqu'il n'y a point de peine que vous ne m'ayez fait souffrir, et qu'il ne vous reste plus de nouveaux tourments à exercer sur moi, n'ayez pas de regret que je vous échappe. Aussi bien n'est-il plus en votre pouvoir de l'empêcher, et à l'heure que vous lisez ceci je suis parti de Paris, avec résolution de n'y rentrer jamais, que vous n'en soyez sortie.

' Mss. de Conrari, p. 4G5.

LETIRES AMOUREUStS. 245

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