‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 132 sur 151 · XXX VI · texte numérisé non relu

XXX VI

Si haut je veux louer Sylvie, Que toute autre en meure d'envie :

Sa personne est pleines d'appas, Les amours naissent sur ses pas.

Et c'est par eux qu'elle est servie.

De cent vertus elle est suivie.

Son cœur tient mon ame ravie.

Et les conquérants ne Tont pas Si haut.

Quoique mon amour m'y convie, Ma langue au secret asservie N'ose parler d'un certain cas ; Je dirai seulement tout bas.

Que je n'en vis un de ma vie Si haut.

Pour le moins votre compliment M'a soulagé dans ce moment; Et dès qu'on me l'est venu faire.

J'ai chassé mon apothicaire.

Et renvoyé mon lavement.

Vous m'avez guéri promptement:

Vos mots coulent si doucement.

Que chacun d'eux vaut un cly stère, Pour le moins.

Vous me deviez ce traitement :

Car je vous aime uniquement; Et même depuis cette affaire,

C'est un peu plus qu'à l'ordinaire :

Cela veut dire infiniment.

Pour le nioins-

On me l'a dit, mademoiselle.

Que tous nos cœurs vous retenez.

Pensez-vous pour votre beau nez, Mettre sur nous une gabelle?

Vous êtes fort bonne et fort belle. Et crois que vous êtes pucelle , Ou me Ta dit.

Mais il faut être moins moins rebelle, Et ne point faire de querelle Aux amants que vous surprenez :

Vous en tenez d'emprisonnez.

Et vous leur êtes trop cruelle, On me Ta dit.

En cas d'amour, il ne faut jamais être Foible ni lent; mais faut toujours paroître Prompt, vigoureux, soumis entièrement, Pleurer, gémir, servir fidèlement.

Donner beaucoup, et de peu se repaître.

Quant est do moi, si je me sais connoître. N'étant avare, audacieux, ni traître.

Je devrois bien réussir aisément.

En cas d'amour.

J'ai quelque esprit, et Ton me tient grand maître En ces poulets que les amants font naître; Je fais des vers assez passablement.

Et quelquefois je parle galamment; Mais après tout, je suis un pauvre prêtre, En cas d'amour.

Si vous vouliez qu'on vous parlât d'amour, Je vous ferois cent rondeaux chaque jour : Car je vous aime, et mon âme dolente Toutes les nuits est pour vous miaulante. Et l'on l'entend en chaque carrefour.

Vous pouvez tout sur monsieur de Tricour, Et l'on m'a dit que monsieur de Beaujour, Pour votre amour auroit l'âme brûlante. Si vous vouliez.

Les deux beautés qui régnent au faubourg, Et celle-là du Petit-Luxembourg, N'échauffent point mon humeur froide et lento ; Mais de vos yeux l'ardeur étincelante M'embraseroit, cela s'entend toujours, Si vous vouliez.

XLP.

Je ne saurois faire cas d'un amant Qu'autre que moi gouverne absolument ;

' Réponse à un rondeau de M. de Monlausier, qui coramençoil:

Je ne saurois, etc.

Ces quatre vers éloient au bas :

Ne prenez pas le mot d'amant,

Belle Rambouillet, à la lettre:

Il ne veut dire que galant,

C'est la rime qui l'a fait mettre. {t.)

Voilure , suivant son usage , répondit pour M"c de Rambouillet.

Car chacun sait que j'aiino trop l'empiro. Ce n'est ainsi qu'il me lalloit écrire ; Vous n'y savez que le haut allemand.

Je veux qu'on soit à moi parfaitement, Et, quand je fais quelque commandement, Je n'entends pas que l'on me vienne dire : Je ne saurois.

Je vous rendrai le même compliment ; Et quelque jour quand voudrez longuement Veiller ici, je vous dirai sans rire : Ma mère entend que chacun se retire ; Ne pensez pas m'arrêter un moment ; Je ne saurois.

L'amour, qui de tous sens me prive.

Fit ma raison votre captive :

Quand un soupçon pris par malheur Me combla l'esprit de douleur Et d'une tristesse excessive.

Une humeur jalouse et craintive Se mit dans mon âme plaintive, Et pensa chasser de mon cœur L'amour.

Mais si jamais cela m'arrive.

Je consens que l'on me poursuive Par toute sorte de rigueur.

Je ne veux plus vivre en langueur :

Meure la jalousie, et vive L'amour.

Page 1