II
Penser que, pour ne vous déplaire, Je me veuille jamais distraire D'un dessein où j'ai tant de droit.
C'est être injuste en mon endroit.
Et de plus un peu téméraire.
Philis depuis deux ans ni'éclaire ; Elle est mon ange tutélaire ; Je Taime plus qu'on ne sauroit Penser.
Je vous demande en cette affaire, Pardon de vous être contraire.
Un autre s'en contenteroit :
Cependant, vous faites le froid.
Ma foi, c'est trop : allez vous faire Penser.
Pour vos beaux yeux, qui me vont consumant. L'amour n'a point de peine et de tourment, De feu cuisant ni de cruel martyre Que de bon cœur je ne voulusse élire.
Et qu'on ne doive endurer doucement.
Tout l'univers n'a rien de si charmant ; Et s'il étoit sous mon commandement.
Je quitterois volontiers son empire Pour vos beaux yeux.
Toute la cour vous sert également ; Mais quant à moi, si je vais vous aimant.
UONDKAUX. 327
Ne croyez pat> que par là je désire Cette faveur où tout le monde aspire : Car je vous aime, et vous sers seulement Pour vos beaux yeux.
Pour \ous servir, j'ai pu me dégager D'une autre amour, et désirer changer Un logement qui pourroitme suffire; Et sans prévoir si mon sort seroit pire. Je n'ai point eu regret de déloger.
En quaJtre jours j'ai su déménager ; Dessous vos lois j'ai voulu me ranger, Et quitterois derechef un empire.
Pour vous servir.
Mais si cela ne vous peut obliger.
Je changerai sans beaucoup m'affliger :
Car j'ai le cœur tout fait comme de cire, Doux et traitable, et, s'il faut vous le dire, Je suis volage, inconstant, et léger.
Pour vous servir.
XLYI'.
Six rois puèrent l'autre jour Tyrcis de leur faire la cour ; Mais il souffloit un véht dé bise
' C'est pour \o. gros François Coquet, qui avoit dit : Je u'irois pas pour six rois (T.). M. de Monmerqué dit ne pas savoir qui est ce Coquet. On trouve dans le manuscrit de Conrart ( in-i, t. X, p. 31 1 ), de» vers composés pour le ballet de ce mOine personnage.
328 POÉSIES DK VOITURE.
Qui perçoit jusqu'à la chemise :
Cela le (it demeurer court.
11 a le ventre d'un tambour, Ce qui le rend tant soit peu lourd, Et fait que parfois il méprise Six rois.
Il ne fait point cas de Tamour ; Quand on l'appelle il fait le sourd ; Mais pour prêter son entremise En quelque fâcheuse entreprise, 11 ne le feroit jamais pour Six rois.
A vous ouïr Chapelain chapeler, J'ai bien jugé que vouliez quereller.
Et que de plus vous êtes téméraire. Quand vous osez un si grand adversaire Sans plus de force au combat appeler.
Lorsque sa plume au ciel le fait voler. Qu'avec les dieux il ose se mêler, Penseriez-vous qu'il se voulût distraire A vous ouïr ?
Ne prétendez ainsi vous signaler, Vous ne sauriez ses efforts égaler; Croyez-moi donc, laissez-le dire et faire, Et quand il parle, apprenez à vous taire.. Car par justice à lui convient parler, A vous, ouïr.
(A monseigacur le maréchal de Bassouipicrre.)
Un petit mot qu'on m'a porté De votre part m'a conforté, Et m'a fait reprendre la lime Pour faire encore quelque rime, En étant par vous exhorté.
Je ne comprends votre bonté, Et crois avec difticulté Qu'un si grand esprit en estime Un petit.
Je vous le dis sans vanité :
Le mien est bien fort limité ; Mais le cœur est net et sans crime.
Et possible assez magnanime.
Aimez-moi donc par charité Un petit.
(Au niême. )
Dans la prison qui vous va renfermant, Votre grande âme agit incessamment, Et ce divin esprit que rien n'enserre Vole partout, sans erreur toujours erre. S'étend, s'élève et va plus aisément.
Vous parcourez l'un et l'autre élément, Vous pénétrez jusqucs au lirmament.
Et visitez le ciel, l'onde et la terre Dans li prison.
Vous ne ;^èiicz votre cœur vainement ; Vous connoissez et voyez sainement Tout ce qui brille et qui n'est que de verre ; Vous possédez la paix durant la guerre : C'est être heureux et libre entièrement Dans la prison.
[Réponse à un défi, '. ) [A M. Godeau.j
Comme un galant et brave chevalierj Vous m'appelez en combat singulier D'amour, de vers et de prose polie ; Mais à si peu mon cœur ne s'humilie : Je ne vous tiens que pour un écolier.
Et fussiez-vous brave, docte et guerrier. En cas d'amour n'aspirez au laurier :
Rien ne déplaît à la belle Julie Comme un galant.
Quittez l'amour, ce n'est votre métier ; Faites des vers, traduisez le Psautier : Votre façon d'écrire est fort jolie.
Mais gardez-vous de faire de folie.
Ou je saurai, ma foi, vous châtier Comme un galant.
(Au même.)
Vous parlez comme un Scipion ^, Et si vous n'êtes qu'un pion,
' Voyez l. 1, [). 194.
' L'abbé Arnauld, (luu l'on surnoiimia aiuii à riiôlei de
UOXDKAUX. 331
D'iin hiôt je vous pourrois défaire ; Mais une palme si vulgaire N'est pas pour un tel champion.
Je vous le dis sans passion, N'ayez point de présomption.
Et songez de quelle manière Vous parlez.
Eussiez-vous le corps d'Orion, Avecque la voix d'Arion, Devant moi vous vous devez taire; Ne craignez-vous point ma colère ?
Qu'est-ce là, petit embrion?
Vous parlez î