LIP
Mes yeux, quel crime ai-je commis Qui vous rende mes ennemis, Et qui vous oblige à me nuire?
Pourquoi cherchez-vous en tous lieux, Vous par qui je me dois conduire.
L'objet (pli seul me peut détruire ?
Quel mal vous ai-je fait, mes yeux?
Vous savez bien que vos plaisirs M'ont coûté cent mille désirs,
' Imilé de l'espagnol, de Crisloval (T.).
Et qu'ils sont auteurs de ma peine :
Et contre moi séditieux, * Charmés de Téclat qui vous mène, Vous ne voulez voir que Climèpe :
Quel mal vous ai-je fait, mes yeux ?
Loin d'elle vbus motirez d'èrinUi , Et moi je ne meurs aujourd'hui Qu'à cause que vous l'avez vue; Les fers vous semblent glorieux Sous qui mon âme est abattue ; Vous aimez celle qui me tue :
Quel mal vous ai-je fait, mes yeux ?
Vous m'apprenez que ses beautés Passent les célestes clartés.
Que des nuits la blanche courrière Luit d'un éclat moins radieux.
Et qu'au miUeu de sa carrière Le soleil a moins de lumière :
Quel mal vous ai-je fait, mes yeux ?
C'est vous qui donnez le poison Qui chasse ma faible raison.
Qu'en vain maintenant je réclame, Et vous qui trop audacieux Jetez le désordre en mon âme, La perdez, la mettez en flamme :
Quel mal vous ai-je fait, mes yeux ?
LIIP.
L'Amour sous sa loi N'a jamais eu d'amant plus heureux que moi; Béni soit son flambeau,
' Mus. de Conrarl, t. X, p. 1057.
Son carquois, son hqncjeau !
Je suis amoureux, El le ciel ne voit point d'amant plus heureux.
Mes jours et mes nuiis Ont bien peu de repos et beaucoup d'ennuis; Je me meurs de langueur, J'ai le feu dans le cœur.
Je suis, etc.
Mortels déplaisirs, Oui venez traverser mes justes désirs.
Je ne crains point vos coups :
Car enfin malgré vous Je suis, etc.
A tous ses martyrs L'Amour donne en leurs maux de secrets plaisirs : Je chéris ma douleur.
Et dedans mop malbeujr^ Je suis, etjc.
Les yeux qui m'ont pris Payeroient tous mes maux avec un souris ; Tous leurs traits me sont doux, Même dans leur courroux :
Je suis, etc.
Cloris eut des cieux, En naissant, la faveur et Tampur des dieux : Je la veux adorer Et saiis rien espérer, Je suis, etc.
Souvent le dépit Pcul h'\o\\ pour quelqye temps changer mon esprit.
Je maudis sa rigueur.
Mais au l'ond de mon cœur Je suis, etc.
Étant dans les fers De la belle Cloris, je chantai ces vers ; Maintenant d'un sujet Mille fois plus parfait.
Je suis, etc.
La seule beauté Qui soit digne d'amour tient ma liberté. Et je puis désormais Dire mieux que jamais :
Je suis, etc.
Je me tais et me sens brûler :
Car l'objet qu'adore mon ame
Est si parfait que je n'en puis parler.
Sans faire voir à tous le sujet de ma flamme.
Si je dis que dans l'univers Celle pour qui je meurs n'eut jamais de pareille. Qu'elle est de tous les yeux l'amour et la merveille. Qui ne devinera la beauté que je sers?
Si je dis que dans ses beaux yeux , Cet archer qui m'y fait la guerre Forge des traits qu'il garde pour les dieux.
Méprisant désormais tous les cœurs de la terre ; Et que, dans le fort des hivers,
Quand la rigueur du froid efface toutes choses.
Son teint paraît toujours plein de lis et de roses.
Qui ne devinera la beauté que je sers?
Que si je parle dignement De son esprit incomparable, Dont la grandeur partage également Avecque sa beauté le titre d'adorable ; Si je puis dépeindre en mes vers Combien son âme est grande, et généreuse, et belle, Et tant de qualités qu'on ne trouve qu'en elle, Qui ne devinera la beauté que je sers?
Mais, sans parler de sa beauté.
De son esprit ni de ses charmes.
Si je décris comme sa cruauté Méprise désormais les soupirs et les larmes ;
Et que ceux qui sont dans ses fers N'en reçurent jamais un regard favorable. Que le ciel n'en voit point de plus inexorable. Qui ne devinera la beauté que je sers ?
Les trois plus grandes déesses.
Dont Paris sut les débats.
Ont disputé des appas Contre une de nos princesses * ; Mais, en voyant sa beauté, Vénus même Ta quitté.
Les Grâces ont eu querelle Sur qui tient le premier rang.
Et qui vient de meilleur sang, D'elles ou Mademoiselle ^ Tout le ciel sollicita ; Mais la belle l'emporta.
' M™« la PrinccRsn.
^ M"e (le Monlpensier, (Ule unique de Gaston d'Orléans, qui ' habitait le Pelil-Luxeinbuurg.
ir. i9
338 POI^sIES DE VOITURE.
Los plus savants en Ja sphère Doutent depuis quelques ans Où l'astre qui fait les temps Tient sa demeure ordinaire , Si le ciel est son séjour.
Ou le Petit-Luxembourg.
Au cours du bois de Yincennes, Le soleil a disputé De lumière et de beauté Avec la bejle d'Angennes :
' Mais le soleil le perdit, Aux rayons qu'elle épandit.
Au milieu de sa carrière.
Voyant Téclat de ses yeux, En vain le flambeau des cieux Fit redoubler sa lumière :
Car avec tous ses ji'eux Qu'eùt-il fait seul contre deux?
Dans le food d'un bois antique Un rossignol disputa Sur ut, ré, mi, fa, sol, la.
Avec la belle Angélique * :
Mais le rossignol perdit, Au doux son qu'elle épandit.
Sur le chemin de Charonne, Amour tout chargé de traits, A disputé des attraits Avec la belle baronne » :
M"e Pan]et.
M""" du Vigeari.
Mais le pauvre enfant perdit, Aux chai"mes qu'elle épandit.
LVP.
( Savants *. )
Notre Aurore ' vermeille
Sommeille; Qu'on se taise à Tentour, Et qu'on ne la réveille Que pour donner le jour.
Votre beauté divine
Assassine Nos cœurs par ses beaux yeux :
C'est la belle Lucine, Le chef-d'œuvre des cieux.
En vous, belle Julie*,
S'allie La grâce et la bonté.
Et la vertu remplie D'attraits et de beauté.
Vous êtes accomplie,
Julie, Plus belle que le jour.
Et chacun vous publie L'ornement de la cour.
La beauté d'Angélique Est unique,
' Mss. de Courari, t. X, p. 1071.
^ Vaudevilles : voyer t. I, p. 50.
' M"*- de Bourbon : voyez le Recueil de Maurepa.^, où Ion Irouve, vis-à-vis ce premier couplet, celte note : Pour itfUe de iionrbon endormie. Voyez, de plut», t. I, p. 117.
* M'icdeKambouillet.
Et ses yeux nos vainqueurs Ont un secret magique, Pour gagner tous les cœurs.
LVTI K
Ce n'est pas sans raison Qu'on dit que je vous admire, Et pour moi je n'en puis dédire Monsieur de [Saint-Brisson] ^ Coralte, vos beaux yeux forcent toutes les âmes A brûler, à brûler de leurs flammes.
Tout ce qui part de vous, A des grâces si charmantes.
Que les âmes les moins aimantes En ressentent les coups.
Coralte, etc.
[Vos yeux seroient vainqueurs De l'esprit le plus farouche, Et dès que vous ouvrez la bouche Vous ouvrez mille cœurs.
Coralte, etc.]^
Votre teint en tous lieux A toujours des fleurs écloses, Et l'Amour couché dans ses roses Y fait la guerre aux dieux.
Coralte, etc.
Puisque si puissamment Vos attraits que rien n'efface
' Mss. de Conrart, t. X, p. 1053.
2 Uii des soupirants de M"e Paulet. Voyez t. 1, p. 112.
Ont touché mon âme de glace, On peut dire hardiment :
Coralte, etc.
[ 11 ne se passe jour De ceux qu'on vous voit paroître.
Que vos attraits ne fassent naître Quelque nouvel amour.
Coralte, etc.
Vous tenez aux tourments Toujours des cœurs plus de mille; Et dans la cour et dans la ville Vous avez des amants.
Coralte, etc.
Les enfants au berceau, Rient à vous comme aux anges ; Les vieillards chantent vos louanges Jusque dans le tombeau.
Coralte, etc.
Il ne reste sinon Qu'ici l'on vous dresse un temple :
Déjà des prêtres je contemple Qui chantent votre nom.
Coralte, etc.
Pour moi je ne crois pas, Quoi que vous me puissiez dire, Que rien m'ôte de votre empire.
Si ce n'est le trépas.
Coralte, etc.
Quand vous m'auriez chassé.
Dans l'amour qui me transporte, J'irois chanter à votre porte D'un ton triste et cassé :
Coralte, etc.
342 POESIES DE VOITIJRE.
J'avois de rainour pour vôtis,
Charmante Sylvie !
Mais vos injustes courroux Ont refroidi mon envie.
Je sais aimer constamment ; Mais si Ton n'aime également, Ma foi, je m'en ennuie.
Votre bouche et tos beaux jedt,
Les rois de tnà vie.
Et votre ris gracieux A voient mon âme asservie.
Vous m'aviez gagnez le cœur ; Mais quand on a trop de rigueur.
Ma foi, je m'en ennuie. .
J'approuve un feu bie» heureux
Qui deux âmes lie.
Et tient deux amoureux Sans peine et mélancolie; J'aime les douces amours ; Mais pour soupirer tous les jours, Ma foi, je m'en ennuie.
L'amour sur un autre amour
Volontiers s'appuie; J'aime sans aucun détour; Mais si je vois qu'on me fuie , Et qu'on se plaise à m'ouïr Pleurer, tourmenter et gémir.
Ma foi, je m'en ennuie.
J'approuve un cœUr enflammé Qui se glorifie
n'Hiiiier sans qu'il soit aimé, Et son plaisir sacrilie :
Je le fais j)ien quelquefois; Mais quand cela passe trois mois, Ma foi, je m'en ennuie.
Vous exercer siif mon cœiit"
Trop de tyi-annie; Je ne vis plus qu'en langueur ; C'est une peine infmie Que de vivre en vous aimant.
Et pour vous parler franchement, Ma foi, je m'en ennuie.
Si vous pèrisëi lionorer
Une âmè transie, Qui meurt pour vous adorer.
Pour moi je vous remercie ; Je ne veu^ point tant d'honneur.
Gardez-le à quelque grand seigneur :
Ma foi, je m'en ennuie.
Faire des vers en bateau.
Ce serbit folie.
Car par la fraîcheur de l'eau Je sens ma tête assaillie.
Vous n'aurez donc que ceci, 11 fait mauvais écrire ici :
Ma foi, je m'en ennuie.
(Sur l'air du hrnnlr de 9fetz.)
Belles, rhoiiiH'iu de notre àgc.
Et le but de nos souhaits, 3ur l'air du branle de Mets,
Apprenez notre voyage :
Mais pleurez en le chantant, Car nous en faisons autant.
Nous n'étions qu'au Bourg-la-Reine, Et je crus être à Goa, Ou cent milles par delà, Tant mon cœur étoit en peine, S'éloignant de la beauté, Qui retient sa liberté.
Nous vîmes dedans la nue La tour de Mont-le-Heris, Qui pour regarder Paris AUongeoit son col de grue.
Et, pour y voir vos beaux yeux, S'élevoit jusques aux cieux.
Quand nous fûmes dans Étampe, Nous parlâmes fort de vous.
J'en soupirai quatre coups.
Et j'en eus la goutte crampe :
Etampe et crampe vraiment.
Riment admirablement ^
Dans le milieu d'Angerville, Monsieur notre chancelier ^, En me parlant d'un soulier.
Me lit devenir débile.
Me souvenant de celui Qui m'a causé tant d'ennui ^.
Une heure étoit bien passée, Quand nous vimmes à Toury;
' Voyez plus haut, p. 148.
2 Chaudebonne, chancelier du duc d'Oi'lcans.
3 Voyez plus haut, p. 30.
Alors monsieur Griboury Me revint en la pensée.
Un certain noir et frisé.
Fort bien lait et composé.
Nous trouvâmes près Sercote, (Cas étrange et vrai pourtant) Des bœufs qu'on voyoit broutant Dessus le haut d'une motte.
Et plus bas quelques cochons.
Et bon nombre de moutons.
Nous vîmes deux demoiselles.
Lorsque nous fûmes dedans.
Qui paroissoient à leurs dents D'assez gentilles femelles :
Frère Claude * qui les vit De fort bon cœur leur sourit.
Dans Orléans cent harangues Se firent au chancelier.
Et l'on le vint supplier.
En dix-huit sortes de langues; Les Trois-Mores furent pleins De maires et d'échevins.
Voyant cela je m'écoule.
Et désirant être à part, Je me sus mettre à l'écart Dans un coin, hors de la foule.
Où rêvant jusqu'à la nuit.
J'écrivis ce qui s'ensuit.
« Notre aurore de la Barre « Est maintenant un soleil :
' (vhaudcbonne.
' M"" du Vigcan la cadelle. \oyez Cousin, iM'"« de Longueville, p. 199.
Le ciel n'a rien de pareil, La terre rien de si rare.
Mais en cas dé MerlembeaU, Son esprit ri'èst pas fort beau.
Cette beauté souveraine A rallumé mes vieux ans ; Ses attraits sont si charmants, Que pour sortir de la peine Où m'a conduit son bel œil.
Je n'attends que le cercueil.
Quel éclat et quelles flammes !
Quels rayons vois-je dans l'air!
A voir tant de feux briller.
C'est la princesse des âmes, La reine des volontés, La déesse des beautés.
Cachez vos beautés, mortelles :
Je vois paroître Cloris * ; Tous vos attraits sont péris; Voici la belle des belles ; Son soulier a plus d'attraits Que vos yeux et tous vos traits.
Ce que le ciel a de flamme Il l'a mis dedans son âme ; Ce qu'il eut de précieux.
Il le mit dedans ses yeux.
Rien du tout ne lui défaut.
Que d'avoir le sang plus chaud.
La belle baronne dardé* De ses yeux mille trépas ;
' La duchesse d'Aiguillon.
- La baronne du Vigean.
Mais dites, n'a-t-olle pas La mine un peu bien gaillarde?
Je pense que sa vertu A bien souvent combattu.
Quelle est celle qui m'éclaire Et brille de tant d'appas?
Est-ce Diane ou Pallas, Ou la reine de Cythère?
Car ep elle j'aperçois Quelque air de toutes les trois.
A voir sa grâce embellie Avec tant de majesté.
C'est l'attrayante beauté De la charmante Julie, Dont mon cœur seroit épris, S'il n'étoit pas à Cloris.
Il seroit temps de me taire.
Et ma plume n'en peut plus; Mais que diront les vertus.
Si je me tais de sa mère.
Qui joint à tant de beautés Tant de rares qualités »?
Arthénice, où je contemple Tant de miracles divers.
Les autres ont eu des vers.
Mais à vous il faut un temple :
il sera fait dans un an.
Et j'en ai déjà le plan.
Frère Claude Théroïque En sera le sacristain.
Chapelain le chapelain.
^ M"- .le RamhnniUel.
348 POÉSIES DR VOÎTURE.
Et raiigéliqiie Angéliqup', Nuit et Jour y chantera Les hymnes qu'il vous fera.
(A Mnie la Princesse. — Sur l'air des Landriri.
Madame, vous trouverez bon [bis] Qu'on vous écrive sur le ton
De Landrirette, Qui court maintenant à Paris,
Landriri.
Votre absence ^ nous abat tous, Quelques-uns en sont demi-fous,
Landrirette, Les autres n'en sont qu'étourdis,
Landriri.
Du point de votre éloignement, L'hiver s'approche à tout moment,
Landrirette, Et les beaux jours sont accourcis,
Landriri.
» M»e Paulet.
' Mss. de Conrart, t. X, p. 1049. — Mme la Princesse et sa société passaient ordinairenaent la belle saison à Cliantilly, ou dans une des nombreuses terres que la maison de Condé possédait dans les environs de Paris, Merlou, Méru, l'Isle-Adam, etc. « Ces dames, dit M. Cousin, s'attardaient-elles un peu trop à la campagne, quand Voilure n'y était pas avec elles, il les rappelait à Paris dans des complaintes burlesquement sentimentales. »
Pour nouvelles chacun dit fort, Que le duc Charles est d'accord »
Landrirelte, La neutralité fait grand bruit,
L'on tient ici pour arrêté Que Madame ' a fait le traité,
Landrirette, Le roi, son frère, en est marri,
Landriri.
L'Espagnol rend ce qu'il tenoit, Elle aura tout ce qu'elle avoit,
Landrirette, Particulièrement [Coni],
landriri.
J'ai reçu deux coups de ciseau, En un lieu bien loin du museau,
Landrirette, Je m'en porte mieux. Dieu merci
Landriri.
L'on est ici fort tristement.
Tout notre divertissement,
Landrirette, Est de chanter ce qui s'ensuit,
Landriri :
« En grâce, en beautés, en attraits, K Nulle n'égalera jamais,
« Landrirette, « La divine Montmorency ',
« Landriri.
' Charles IV, dur de Lorraine.
' Madame, duches&e de Savuie.
* M '"«'la Princesse.