‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 146 sur 151 · POUR LE GRILLON · texte numérisé non relu

POUR LE GRILLON

Je demeurois dans un four chaud,

Où je passois fort bien ma vie. Quand hier voyant le feu des beaux yeux de Sylvie,

Je pensai tomber de mon haut.

Si votre salut vous est cher.

Éloignez-vous de Tinhumaine,

Gardez-vous bien de rapprocher.

Et prenez cet avis pour une bonne étrenne. Moi qui comme Midrac, Sidrac, Abdenago'^

' Mlle (le Vertus. Elle envoya à M. Esprit, pour élrenncs, un grillon , un hibou , une tortue et une taupe. Voilure fit les vers (T.).

- Une fois à Pampelune, un prédicateur castillan prêchant (le ces trois enfants, fit cette exclamation, qui fui suivie de l'applaudissemenl de tous ceux qui l'écoutoient :« 0 bienheureux grillons! ô grillons iiitelligents et raisonnables! au milieu des flammes vous ne faites résonner que des cantiques de joie, au lieu de ciis de douleurs que les bourreaux en atlendoient, cU\ » [Défense des œuvres de Voiture, p. 1 11 ).

[ La rime en sera dildcile), Chanlois dans la fournaise, et vivois à gojïo Dans les lieux les plus chauds, dont j'ai l'ait mon asile, Je meurs et languis dès le jour Que je m'approchai de la belle.

Comment diable! à trente pas d'elle, II fait chaud comme dans un four!

Depuis que je la vis, ma langue est sèche et noire ; Je souflre des douleurs que vous ne sauriez croire;

Il ne fut jamais rien de tel.

Que si je n'en meurs pas, je mérite en l'histoire Et le nom et la gloire De Grillon l'immortel'.

POUR LE niBOU.

Les hommes, tous tant que vous êtes.

Jugez bien mal des pauvres bêtes.

Particulièrement de nous autres hiboux,

Que l'on chasse de toutes fêtes Et qu'on traite partout comme des loups-garous.

Ne prenez à mauvais augure

De voir aujourd'hui ma ligure.

Bonjour, bon an, monsieur Esprit.

Quoi! vous vous refrognez, voyant cette aventure,

Et vous rougissez de dépit.

Comme si je donnois de mauvaises étrennes? Vos fièvres quartaines'*!

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