A MONSEIGNEUR LE DUC DE LA TRÉMOUU.LE
Monseigneur, vous ne vous contentez pas de me l'aire toujours de nouveaux bienfaits; c'est toujours avec de nouvelles grâces, et vous les accompagnez de circonstances si obligeantes, qu'il faut avouer qu'il n'y a que vous au monde qui le sache faire de la sorte. Je vous rends, monseigneur, mille très-humbles remerciements de toutes les bontés qu'il vous plaît avoir pour moi. Je voudrois bien, avec la démission de mon neveu que je vous envoie, vous pouvoir en-
' Henri de la Trémouille, prince de Tarente, néàThouars en 1620, mort en 1(572.
AU DlC DE LA TKKMOLILLH (1645). 27
voyer un acte public de ma reconnoissance, par lequel je pusse témoigner à tout le monde, et la grâce que vous m'avez faite, et le ressentiment avec lequel je l'ai reçue. Mais cela ne se pouvant pas, je vous supplie très-humblement, monseigneur, de vous contenter de l'assurance que je vous donne ici, que je serai toute ma vie à vous avec toute la fidélité que je dois, et que rien ne sera jamais si avant dans mon cœur ni dans mon esprit, que la mémoire de vos bienfaits. Quoique je sache, au reste, que le jugement que vous faites des vers que je vous ai envoyés est trop favorable pour moi, je vous avoue que je ne me puis empêcher d'en avoir beaucoup de vanité. Ce que vous me faites l'honneur de m'en mander, et ce qu'il vous a plu écrire de moi à M'"^ votre femme, me touche plus sensiblement que je ne le vous saurois expliquer. A dire la vérité, il n'y a rien de plus obligeant. Je suis si peu intéressé que je préfère l'honneur de votre approbation à tout le bien que vous m'avez fait, et à tout celui que vous me sauriez jamais faire. Cependant vous me permettrez de vous dire, monseigneur, que les louanges que vous me donnez sont telles, et écrites en tels termes, que j'aimorois mieux savoir louer ainsi, que d'être loué de la sorte, et que je serois plus glorieux de les avoir données, que de les avoir reçues. Je tâcherai à m'en rendre digne le plus qu'il me sera possible; et si je ne le puis d'autre sorte, je m'efforcerai au moins de mériter l'honneur de votre bienveillance, par la fidélité i)arfaite et le respect extrême, îivec lequel je serai toute ma vie, monseigneur, voire, etc.