A MONSIEUR DE CHANTELOU
Monsieur, je ne me puis résoudre d'envoyer ce laquais à Paris, sans vous remercier très-humblement de l'honneur qu'il vous a plu de me faire. Quoique je n'aie ni assez de temps, ni assez d'esprit pour répondre à une si agréable lettre que la vôtre , elle est si belle qu'elle m'auroit donné beaucoup de jalousie si elle été avoit écrite par un autre; mais vous aimant autant que moi-même, ou, pour dire quelque chose de plus, autant que j'aime M^'^ ***, et autant que M"^ *** vous aime, je suis bien aise de voir que vous écriviez comme vous parlez, comme vous voltigez, et comme vous faites toutes choses. Je trouve seulement à redire que vous ne m'ayez rien mandé de M"* de Chan-
' Manque dans la première édition. — Paul Fréarl, sieur de Chanlelou, d'abord secrétaire de M. de Noyers, puis conseiller et maître d'hôtel du roi. Il lit deux fois le voyage de Rome : la première, en IGiO, avec son frère de Chanibtoi, d'où il ramena en France Nicolas Poussin; la deuxième en 1043, à la même époque que Voilure et dans la même circonslance. Ils élaient trois frères, qui avaient le n)ême goût pour les beaux-arts. Celui-ci possédait un cabinet fort précieux par le grand nombre d'objets d'art et d'antiquités qui s'y trouvaient, et par une superbe collection de tableaux , composée en grande partie d'originaux du Pous^ïiii.
4 LETTRES DE VOITIUK.
lelou, ni de M'^^ de Mommor.| Pour un homme aussi judicieux que vous, c'est, sans mentir, une faute assez grossière. Trouvez bon, monsieur, que je vous parle ainsi franchement, et souffrez, s'il vous plaît, cette liberté d'une personne qui vous admire en tout le reste de ce que vous faites, et qui est passionnément votre, etc.