‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 39 sur 151 · A MONSIRUII '" 'K · texte numérisé non relu

A MONSIRUII '" 'K

Monsieur, j'aime mieux vous écrire plus souvent et vous payer à plusieurs fois% Cela sera plus commode pour vous et pour moi, que si à un coup je vous baillois une grande somme, qui seroit ennuyeuse à compter et où il pourroit passer beaucoup de fausses pièces. Fausses pièces sont celles où il y entre du suif. C'est une question célèbre en droit, utrum creditor cogi possil accipere debiti partem\ et les clercs tiennent que non : quia ^ ce disent-ils, particuliaris solutio multa habet incommoda. Mais vous ne me traiterez pas tant à la rigueur. Aussi seriez-vous au hasard de perdre la dette entière, si vous ne vouliez rien recevoir de moi que quand je me pourrai acquitter en un coup de tout ce que je vous dois : car je ne suis pas solvable pour cela, et quoi que je fasse, je vous devrai toujours de reste. Mais tout ce que je vous conte ici n'est pas de l'argent comptant. Vous voulez que je vous dise de mes nouvelles. Eh bien ! je perdis ù trois dés , il y a trois mois, quinze cents écus, je dis bien payes. Voilà une dangereuse mousquetade! Elle m'emporla une partie de mes chausses, et il n'en faudroit guère de semblables pour m'emporter ma chemise. Cela va niai. Vous en serez fâché. Mais il y a trois mois que

' Je crois colle lettre adressée au cardinal de la Valelle, pendant la caoapagne de IG35 dans les Pays-Bas. Le momkur aura élé substitué an monseigneur, afin de mieux déronter.

A MONSIELH '". 75

je ne joue plus, et j'ai fait grande, mais je dis célèbre résolution de ne plus jouer. Si je la garde, n'ai-je pas beaucoup gagné ! Je n'oserois pas trop m'en assurer : car je serois devenu bien peu philosophe, si je m'osois répondre assurément de moi-même. Tant y a que si j'en doute, c'est de la môme sorte que je pourrois douter, si je ne m'irai pas jeter à ce nouveau dans Bréda. H n'y a pas grande apparence. Mais si vous voulez que j'en sois encore plus assuré , faites que je vous le promette, et demandez-le-moi par l'amitié que je vous dois. Je me réservai deux cents écus , comme une table de naufrage sur laquelle j'ai vogué assez plaisamment d'un côté et d'autre, toujours rifflant comme vous savez. Enfin je pris terre à Orléans, où je me suis rafraîchi deux mois durant. Je vous dirois ce qui m*y a tenu si longtemps ; mais il faudroit que nous eussions un chiffre entre nous deux. Cela seroit plaisant qu'un paquet de la sorte tombât entre les mains des ennemis, et qu'après avoir bien exercé tous les déchiffreurs de l'armée, au lieu d'y trouver quelque entreprise sur Anvers', ou quelque grand dessein sur l'armée du marquis -, on n'y trouvât que des... de celle-ci ou de celle-là. Mais vous, mandezmoi si vous vous en passez , et si votre première résolution dure encore. Selon que l'on m'a parlé en ce pays-là, je voudrois que vous.... Mais je m'imagine «lu'il est bien difficile de... sous des huttes, et princi- [>alemcnt quand on les a faites. C'est une étrange vie

' Ku 1G;j6. Vovcz lii^ Mémoires de Foiiicnay-Mareiùt, t. II. p. m.

■ ].r tnaninis de LegaAez, gouvtiueur de JMilan.

76 LETifiKs dp: voiTurvi;.

que celle de delà. M. de Jonquières ' m'en a lorl dégoûté. Mais mandez -moi plus particulièrement tout ce que vous faites. Vous ne nous écrivez que des menaces, et si vous ne me faites réponse, ce ditesvous, celle-ci sera la dernière que je vous écrirai. Buena es la jlema por dios. On voit bien que vous parlez en homme qui a vingt-cinq mille hommes de pied et quatre mille chevaux. Mais défenses à vous pourtant de ne plus user de tels termes. On vous a ôlé votre muselière en ce pays -là; mais nous irons vous la remettre. Vous ne voyez pas que la plupart du temps nous n'avons rien à vous conter ; et vous avez tort de me dire que j'ai plus de choses à écrire que vous , étant en lieu où il y a plus de nouvelles : car les farces de la cour et les gazettes....

Page 1