‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 65 sur 151 · BILLET XVI · texte numérisé non relu

BILLET XVI

(Réponse'.)

Vous m'écrivez de très-belles choses, et m'en apprenez de très-curieuses; mais quand vous m'exhortez, par l'exemple de mes confrères les beaux esprits , à travailler aux autels qui sont dus à la gloire de Son Éminence, il me semble que je vois Trébanius qui dit à Horace :

Aude Cœsaris invicli res dicere, viulta laboruw Prœmia lalurus ;

' Costar avait écrit à Voilure pour l'engager à composer; des vers en l'honneur de Richelieu. Celui-ci s'en excuse fort adroitement, comme on voit.

CORRESPONDANeE AVEC eeSTAR. 1^7

h qiioi vous trouverez bon que je répollde ce qui ^si ensuite :

Cupidum, paler optime^ vir'eg Deficiunt, neque enirà quibis, etc.

Pour VOUS dire la vérité, M. le cardinal, après s'être mis au-dessus de l'envie, s'est mis au-dessus des louanges. Dans la doctrine d'Aristote, il est ridicule de louer les dieux, et ils demandent de nous quelque chose de meilleur et de plus grand. Il en est de même des hommes divins : ils sont dignes de notre admiration, et nos louanges sont indignes d'eux. J'approuve fort ce que dit le jeune Pline à son empereur : « Ce seront les annales qui rendront des honneurs immortels à votre nom : Te œternns honor annalium colet. » Et ailleurs : « 11 n'est point de meilleur panégyrique de votre prince qu'une lidèlo histoiie de ses actions : Optime îllum laudaveris, si narraveris fidelhdme . » Les derniers efibrts de la poésie, toutes nos stances et nos odes, serviront davantage à faire paraître l'esprit des poètes que la vertu de leur héros. Et puis, monsieur, le nôtre n'est pas de l'humeur d'Alexandre, qui récompensa avec tant de magnificence, et si peu de jugement, des vers « mal faits et mal nés, incnltos et maie natos^ » que Cherilus avôit composés pour lui.

Il ne ressemble pas non plus au .lupiter des païens, qui laisse louer sa divinité à qui le veut entendre, et qui sojiiïre que toutes les bouches indifféremment lui chantent des hymnes :

JuppUer ingeniU prœhrt iua numina rahim, Seqtce celebrari quolibri ore finit . "'

Au contraire, on peul dire à M. le Cardinal ce que

168 i.KTTKHs [»K vomiu:.

disoit ù Auguste un homnio (|ui sa voit aussi bien faiie la coui- que faire des vers :

Sed neque parvum Carmen, majeslas recipit tua.

Cela étant, monsieur, souffrez, s'il vous plait, que je demeure dans un silence religieux, et ue soyez pas si injuste que de m'en aimer moins.

BILLET XYIl

Si vales bene est. Ego autem vereor ut valeas : herl enim si non œgro, at certe anxio animo domnm te recepisti. Neque ego mehcrcule sine molestia eram, quando te félicitât is meœ et conscinm et autorem, in his œrumnis videbam versari. Scio quam morosi sint qui amant, et quam omnibus vel minimis of/ensis obnoxii. Sed si te novi, is es, qui citi.ssime sanari potes. Forlassis quidem jam hœc nox, et Catullus tuus tibi dédit consilium, et, lit destinatiis obdures, suasit. Quomodo igitur te habeas, qua mente sis, tranquilla aut sollicita , vigilarisne lassus, an naso tantum. vigilaris^ fac me certiorem. Ego, mi Costarde, tibipersuadeas veiim, me a nullo plus velle amari, quam a te, et, si ita placet, mandaturum huic inimica' nostra' (quidni enim mea est, si tua?), ut res suas sibi habeat. Tu quicl velis vide, et me ama.

Je vous supplie de corriger ce thème, et de me dire franchement si, de la sixième où vous m'avez vu ces jours passés, je puis monter à une plus haute classe. Je suis, votre, etc.

' Ecrit trois jours après que M. Costar se fui moqué de qui.l(|ues fautes que l'auleuravall faites m parlant latin à nu ambassadeur. [Mole (le Pinriulni'.]

LETTRES VMOUREIJSES

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