AU MÊME
A Narbonne, le 2 2 mai 1042.
Monsieur, c'est un excès de votre bonté de me re-
' Premier médecin du cardinal de Richelieu. C'est lui qui avait coutume de lui dire en parlant de Bois-Robert, dont Son Éminence ne pouvait alors ge passer : « Monseigneur, jious ferons tout ce que nous pourrons pour votre sanlé; mais toutes nos drogues sont |puliles, si vous n'y mêlez un drachme de Bois-Robert, » Lorsque le •même Bois-Robert fut exilé, sur la demande de la duchesse d'Aiguillon, pour avoir laissé entrer à la première représentation de Mirame (1G39) des femmes d'une réputation équivoque, l'Académie sollicita en vain son rappel ; ce fut Citois qui l'obtint en donnant pour toute ordonnance au cardinal malade : Recipc Bois-Robert.
^ Cinq-Mars, qui commençait à être ipal givep Ip cardinal.
^ Depuis ducdeValenlinoiset pair de France. Voyejs la Gazette 4^ France du temps.
* Première édition, p. 457.
mercier de quelque chose, moi qui ne saurois jamais assez faire pour vous, et qui vous en devrois encore de reste, quand j'aurois cent fois hasardé ma vie pour votre très-humble service. De cette bonté, monsieur, et de l'offre qu'il vous plaît me faire, je vous rends mille grâces très-humbles, et j'ai une extrême joie de voir que dans les plus grandes et les plus petites choses vous ne cessez de me donner des témoignages de l'amitié que vous me faites l'honneur d'avoir pour moi. Quoique j'aie joué fort étourdiment, je ne me sui§ pas pourtant si fort emporté que je ne me sois réservé assez d'argent pour me tirer d'ici , et suis seulement fâché de vous avoir mis en main une si mauvaise assignation, et de vous avoir donné un créancier qui n'est guère meilleur que moi. Au reste, monsieur, je ne puis vous dire l'extrême joie que j'ai de voir la grande amitié que vous avez faite avec tout l'hôtel de Rambouillet. M'^^ de Rambouillet ne m'écrit jamais sans médire quelque chose de vous par oîi elle marque Textrême cas qu'elle en fait; et afin que vous connoissiez mieux les sentiments qu'a pour vous M. le marquis de Pisani, je vous envoie un morceau de la dernière lettre qu'il m'a écrite. Pour M. de Chavigny, vous êtes, sans mentir, obligé de l'aimer de tout votre cœur : à toutes les occasions qui s'en présentent, il parle de vous avec toute l'estime et toute l'affection imaginable; il se vante de votre amitié à tous ses amis, et la promet à ceux qui lui sont les plus chers et qu'il veut obliger le plus. Il me dit l'autre jour que vous lui aviez écrit une lettre, la plus jolie et la plus obligeante du monde; mais, pour ce qu'il étoit en compa-
gnie, il n'eut pas le temps de me la montrer. 11 partit, il y a trois jours, pour aller à l'armée et assister à la cérémonie de Tordre que le roi donna hier au prince de Mourgues, et revient demain ' . Pour ce qui est du retour du roi, on n'en sait rien ^ J'aurai en cela, monsieur, tout le soin que je dois avoir des choses que vous me commandez. On commence à ralentir l'espérance que l'on avoit d'avoir Perpignan sitôt ^; on dit à cette heure vers le quinzième du mois qui vient; M. de Turenne m'a dit qu'il gageroit bien deux cents pistoles que l'on l'aura dans tout le mois . de juin. Toutes les fois que M. de Chavigny va à l'armée il loge chez M. de Noyers* : c'est à cette heure la plus grande amitié du monde, mais vraie et sincère tout de bon. Je suis, monsieur, votre, etc.
Post-scriptum. — [Monsieur, y ayant une si grande amitié à cette heure entre vous et M. le marquis de Pisani, je pense que vous me pardonnerez si j'entreprends de vous supplier très-humblement de lui faire donner en main propre la lettre qui est ici pour lui '.]
' Voyez, pour les détails de la cérémonie, la Gazette de Fronce du 9 juin de cette année.
' Le roi, ennuyé des lenteurs du siège, revint à Narbonne le 10 juin.
2 Perpignan ne capitula que le 29 août.
* François Sublet de Noyers , ministre secrétaire d'État de la guerre, « une vraie âme de valet, » dit Tallcmant. Il mourut le 20 octobre 1G45.
■' l-^c édition, p. 462.