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XVIII DE LA VIE ET DES OUVRAGES

parmi les belles d'Espagne ou de Languedoc, et, à vrai dire, ces dames avaient des procédés tout à fait incongrus en galanterie. H fallait courir la poste avec elles; lui, délicat, aimait à voyager en litière; elles brûlaient les relais; lui, badinait volontiers par les hôtelleries. Il souffrait là une indigence de conversation qui le rendait le plus malheureux du monde ; et , ne sachant que faire de tant de belles fleurs qui éclosent chaque matin dans son esprit, il en compose des bouquets pour M"e de Hambouillet, ou Mi'e Paulet, ou M'^^^ d'Aiguillon :

« Le printemps est ici arrivé quand et quand nous. Nous y trouvons partout des puces et des violettes. Je vous les souhaite toutes de bon cœur; car je serai bien aise, mademoiselle, que vous ne dormiez pas trop en mon absence, et je vous désire tout ce que je vois de beau. »

Ce fut le dernier de ses grands voyages. A partir de cette époque (1642), il ne s'absente guère de Paris que pour aller passer une couple de semaines, soit à Chantilly auprès de Mme la Princesse, soit à Liancourt chez la duchesse de Liancourt, Jeanne de Schomberg, soit à Ruel chez Mme d'Aiguillon. C'est à Ruel qu'il improvisa pour la reine Anne d'Autriche ces stances que Mme de Motteville trouve « plaisantes et hardies , » et où il ne craignit pas de rappeler le souvenir de Buckingham '.

Voiture avait su se faire bien venir de cette princesse. En 1643, elle lui fit donner une pension de 1,000 écus sur l'abbaye de Couches. L'année précédente , son ancien condisciple d'Avaux , devenu surintendant des finances , le nomma son premier commis, aux appointements de 4,000 livres, sans qu'il fût tenu, il le dit lui-même, à écrire une panse d'à. Ces pensions et les émoluments qu'il tirait de ses autres charges à la cour, lui composaient, année moyenne, un revenu de dix-huit mille livres environ. «Il seroit mort riche, dit Pellisson, sans la passion qu'il avoit pour le

' Naturellement ces stancps, un peu vives, furent omises dans le recueil des œuvres de Voiture; mais elles nous ont élé conservées heureusement par Huel. Voyez t. Il, p. 307.

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