XXIV DE LA VIE ET DES OUVRAGES
« Je suis fâché de votre clou et je vous en plains. Mais, à ce que je puis juger, ce n'fet rien au prix do celi^i que j'ai. Le mien est latus clavus,
Cum lato purpura clavo ;
et si VOUS en aviez un pareil sur le nez, vous l'auriez sur tout le visage. Il me t'ait encore grand mal, cela me dispense de vous aller voir; car, afin que vous le sachiez, il y âjus lati clavi.n
Passe encore dans un billet adressé à Chapelain ; mais comprend-on qu'il écrive du même ton, et sur le même sujet, à M™'^ la Princesse, mère du grand Condé? Et ce rondeau pour M"<^ de Bourbon «qui avoit pris médecine, » n'est-il pas aussi bien étrange ?
On a objecté à Voiture, et comme un manque de goût, et comme un oubU de sa dignité, la fameuse lettre de la beme K D'abord rien ne prouve que l'aventure qui y adonné lieu fût vraie. Peut-être n'était-ce qu'une invention, unconte en l'air, pour amuser mademoiselle de Bourbon, âgée alors de dix à douze ans. Mais le fait, fût-il véritable, perd toute sa gravité, si l'on songe que ces sortes de plaisanteries étaient tout à fait dans les habitudes de la haute société d'alors, principalement à l'hôtel de Rambouillet. Nous savons par Tallemant qu'un des plus grands plaisirs de la marquise était de surprendre les gens; c'était chaque jour de nouvelles malices pour attraper les habitués de la maison, comme de leur servir un repas où il ne se trouvait rien sur la table que des choses qu'ils n'aimaient pas, ou de rétrécir leurs habits pendant leur sommeil afin de leur persuader , quand ils les reprenaient le matin , qu'ils avaient enflé pendant la nuit. Voiture excellait dans ces sortes de tours, auxquels se prêtaient volontiers les plus illustres parmi les assistants. Ne s'avisa-t-il pas un beau jour de faire grimper des ours, de véritables ours, jusque sur le paravent de la marquise? Une autre fois qu'on le croyait parti, on le vit sortir tout à coup du fond de
' Voyez lettre 9, à M»e de Bourbon, p. 40.