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XXII DE LA VIE ET DES OUVRAGES

rois OU fils de rois ; ou si Tun d'eux se cache, en commençant, sous quelque nom bourgeois, soyez sûr qu'avant la lin du douzième volume, un événement iDattendu viendra lui développer une naissance plus illustre. Mais la meilleui'e preuve, c'est la réponse même que fit M""^ de Rambouillet à M. de Blérancourt, un jour que celui-ci lui disait d'un ton de découverte : «Savez-vousque ce M. de Voiture ne manque pas d'esprit? — Mais, monsieur^ répliqua-t-elie, pensiez-vous que ce fut pour sa noblesse ou pour sa belle laille qu'on le recevait partout comme vous avez vu? »

C'était donc son esprit plutôt que sa personne que l'on recevait à l'hôtel de Rambouillet. Il ne l'ignore pas ; aussi se tient-il sur ses gardes. Si la marquise fronce le sourcil à une plaisanterie un peu hasardée, si une expression trop familière a mal sonné aux oreilles du comte de Guiche^ il se sauve par un tour d'adresse. Si l'on en croit Tallemant, il s'en fallut d'une scapinade qu'il ne fut traité un jour comme le chevalier de Rohan-Chabot traita Voltaire ; le bâton était déjà levé : « Monseigneur, dit le poëte au gentilhomme qu'il avait offensé, la partie n'est pas égale ; vous êtes grand et je suis petit; vous êtes brave et je suis poltron ; vous voulez me tuer; eh bien, je me tiens pour mort. » J'ai peine, je l'avoue^ à croire l'anecdote vraie. Voiture n'était pas à cela près d'un coup d'épée. S'il n'était pas noble par sa naissance, il l'était par sa charge^ et je ne pense pas qu'aucun gentilhomme, à l'hôtel de Rambouillet et ailleurs, l'eût dénié pour adversaire. D'ailleurs, une telle arlequinade répugnait à la fierté de son caractère, attestée par ses écrits et par Tallemant lui-même. J'aime mieux suppf>ser que la tolérance dont on usait à son égard était un privilège de son esprit, ou, si l'on veut, de sa position, différente de celle des autres beaux - esprits ses confrères. Voiture n'était point un auteur à gageSj comme Sarrazin, qui était à M""^ la princesse de Conti; Esprit, l'académicien, à M"'« de Longueville, et plus tard au chancelier Séguier; Bois-Robert à M. le cardinal ; la Menardière, à M""" de Sablé ; Costar, à l'abbé de Lavardin ; Vaugelas lui-même , le sévère et généreux Vau-

DE VOITURE. XX m

gelas, à M"'« de Carignan; il ne recevait de pension que de la cour ; par là, il se tirait de pair d'avec les autres écrivains à la suite, et marchait de niveau avec les grands seigneurs, sans qu'il se crut pour cela leur égal. Cette situation comportait une foule de nuances délicates, dont il se démêla toujours avec un tact et une adresse intinie. Dans toutes les occasions oii il croit sa dignité blessée, il se tient sur la réserve. Mais, partout ailleurs, quelle souplesse merveilleuse, quelle grâce coquette, quelle courtisanerie il déploie dans ses lettres au duc d'Enghien, au cardinal de La Valette, au comte de Gulcbe, à Chavigny, à Chaudebonne, au marquis de Pisani lui-même, son plus intime ami. On ne prend pas tant de précaution avec ses égaux. C'est pour eu\ qu'il fait briller les mille facettes de son esprit, peureux qu'il met en réserve ses coquetteries les plus féminines, ses tours les plus inattendus, toute la quintessence de son génie. Jamais il n'a fait autant pour la femme qu'il a le plus cajolée. Voltaire cite comme un modèle de goût et de délicatesse cette lettre au président de Maisons, dont le début semble emprunté à Horace :

Sfiptimiu^, Clqudi, nimirum intelligit unus, etc.

N'est-ce pas bien joli aussi ce commencement de lettre à M»« de Rambouillet :

« Mademoiselle, il faut avouer que je suis de bonne amitié; j'ai regret de ne vous point voir, comme si j'y perdois quelque chose, et je m'imagine que je ne passe pas si bien le temps ici que lorsque j'avois l'honneur d'être auprès de vous. »

11 est vrai qu'une fois l'habitude prise, il semble ne plus pouvoir s'en départir; il écrit à tous du même style, voire à Esprit, à Costar, à Godeau, mais pourtant avec une légère pointe de raillerie. Toute sa correspondance fourmille de traits fins et délicats; il est vrai qu'on y compterait en nombre presque égal les phrases alambiquées, les pointes frivoles, les équivoques grossières. Est-ce bien la même plume , qui a tracé la lettre au président de Maisons, qui écrit à Chapelain ;

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