‹ Œuvres, lettres et poésiesChapitre 62 sur 127 · A MONSIEUR GODEAU · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GODEAU

ture, il a pris un Ion de voix beaucoup plus sévère que jamais, et qui a à peu près le son du cor d'Astolfe. A moins que de traiter de l'immortalité de l'âme, ou du souverain bien, et d'agiter quelqu'une des plus importantes questions de la morale, on ne lui sauroit plus faire ouvrir la bouche. Si Démocrite revenoit, quelque philosophe qu'il fût, il ne le pourroit pas souffrir, parce qu'il aimoit à rire. Il a entrepris de réformer la doctrine de Zenon, comme trop douce, et il veut faire des Stoïques Récollets. De sorte, monseigneur, que vous ne désirez rien d'avantageux pour les peuples, à qui vous le souhaitez pour gouverneur. [Il faudroit mieux pour eux qu'ils fussent....]'.

68 2. — A MONSIEUR GODEAU, depuis évéque de Grasse ^ .

A Bruxelles, ce 3 février 1634.

Monsieur, vous me deviez donner loisir d'apprendre notre langue, devant que de m'obliger à vous écrire : et il n'est guère à propos qu'après avoir été si longtemps étranger, et ne faisant que sortir encore de la Barbarie , je fasse voir de mes lettres à un des plus éloquents hommes de France. Cette considération m'avoit fait taire jusqu'à celte heure. Mais si je me suis gardé de faire réponse à vos défis % je ne me puis

• La copie de Conrart s'arrête en cet endroit. ' Mss. de Conrarl, p. 681.

^ En 1636; mais il ne prit possession de son siège que l'année suivante, au mois de septembre. Voir une lettre de M. de Beaurecueil, avocat général au parlement de Provence, à M"^ Paulet, du l*""^ octobre 1637, insérée dans les Mss. de Conrart, t. XIV, in-4. ' Voyez plus haut, p. 194 et 198.

pas empêcher de répondre à vos civilités; et malgré toutes mes fuites, vous avez trouvé un autre moyen de me vaincre. En l'étal où je suis, il vous sera plus avantageux de m'avoir surmonté de cette sorte, que si vous m'aviez gagné par force. Ce vous eût été peu de gloire de mener à outrance un homme déjà outré, et à qui la fortune a donné tant de coups que les moindres le peuvent abattre. Dans les ténèbres où elle nous a jetés, il n'y a point d'art de se défendre, ni d'escrime dont on se puisse servir. Il en arriveroit peutêtre autrement, et tout au contraire de ce que vous dites, si vous m'aviez mis devant les yeux le soleil dont vous me parlez ; et quelque humble que vous me voyez à cette heure, je pourrois être assez hardi pour vous combattre, si la lumière étoit partagée entre nous deux. C'est plus de l'avoir de votre côté, que si le reste du ciel étoit pour vous. Toutes les beautés qui brillent dans tout ce que vous faites, ne viennent que de la sienne, et ce sont ses rayons qui vous font produire tant de fleurs. Sans mentir, rien ne m'a jamais semblé si agréable que celles qui naissent de votre esprit. J'en ai vu quelques-unes sur les derniers bords de l'Océan, et en des lieux où la nature ne sauroit produire un brin d'herbe. J'en ai reçu des bouquets qui m'ont fait trouver dans les déserts toutes les délices de l'Italie et de la Grèce. Quoiqu'elles fussent venues de quatre cents lieues, le temps ni le chemin ne leur avoit rien fait perdre de leur éclat. Aussi sont-elles de celles que l'on nomme immortelles, et si différentes de tout ce qui se forme de la terre, que c'est avec beaucoup de justice que vous les avez offertes au ciel, et il n'y a que

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