DE VOITURE. XV
Corbie lui offrit une occasion de lui prouver plus efficacement sa reconnaissance, en acquérant des titres directs à la faveur du cardinal. Je ne sais si la première idée vint de lui, ou si elle lui fut suggérée par d'autres, peut-être par M'"*^ de Combalet elle-même : car pour ce qui est du personnage auquel il est censé répondre, je le soupçonne grandement de n'avoir jamais existé *. Toujours est-il qu'elle nous a valu un des plus beaux panégyriques que nous possédions. L'auteur, par la justesse et rimpartialité de son jugement, se place à deux siècles de son temps et de son modèle; il se fait postérité, chose rare et difficile, surtout dans les temps de troubles et d'agitations politiques. Il n'y aurait presque rien à retrancher de cette lettre pour en faire un modèle classique du genre le plus pur. Plus rien d'affecté, de maniéré; un style ferme et large sous une forme incisive. La prose française du dix-septième siècle est créée par Voiture vingt ans avant Pascal.
Sur la fin de 1638 nous le retrouvons en Italie, à Florence d'abord, où il remplit un personnage officiel, ayant été désigné par le cardinal pour porter au grand-duc la nouvelle de la naissance du Dauphin, qui fut Louis XIV ; ensuite à Rome, où il est allé solliciter un procès pour M"« de Rambouillet 2. C'est là qu'ilfut présenté à l'Académie des Humoristes, dont, à quelque temps de là, il fut élu membre, bien à son insu. « Il y a, écrit-il à Costar, parmi eux (les Romains) une académie de certaines gens qui s'appellent les Humoristes, qui est à peu près comme qui diroit bizarres ; et, en elîet, ils le sont tant qu'il leur a pris fantaisie de me
en liberté ne sembloit être quNin corps et qu'une âme avec elle. Voiture la pria de faire que Puylaurens lui fît donner le brevet de maître d'hôtel de Madame, Or, M. le cardinal voulant faire rompre le mariage de Monsieur avec la princesse de Lorraine, Voiture prit l'occasion de dire des cajoleries à M'ne de Combalet, et de la flatter de l'espérance que ce sera elle qui épousera Monsieur » {Commentaire de Tallemanl).
' Voyez la note de la page 267.
^ Il paraîtrait, d'après Pfllisson, qu'il aurait fait un second voyage à Rome, mais on ne dit pas à quelle époque.