XIV DE LA VIE ET DES OUVRAGES
perdu ses airs conquérants; on se le disputait, on se l'arrachait comme on avait lait ses lettres pendant son absence. Mais ces délices durèrent peu; il fallut suivre Gaston dans son exil de |3lois. Lorsque ce prince tut rentré définitivement en grâce et fut investi Tannée suivante de la lieutenancegénérale du royaume peiïd^nt Tabsence du roi et du cardinal. Voiture revint en même temps que lui à Paris, C'est alors qu'il copiposa sa fi[imeuse lettre my la prise de Corbie, modèle d'éloquence, de raison et ç|e conduite. Parmi les motifs qui dictèrent cette démarche à notre auteur, tous ne furent pas désintéressés. 11 ne retrouvait plus la France en 1636 ce qu'il l'avait laissée quatre ans auparavant, au lendemain de 1^ journée des Dupes. Le coup de hache de Toulouse avait tué Topposition : la puissance de Richelieu ne trouvait plus de contradicteur. Voyant que son maître s'était réconcilié avec la cour, Voiture songea à pousser sa fortune de ce côté. Il avait connu à l'hôtel de Rambouillet une nièce du cardinal, l|I'"*^ de Combalet, la môme qui fut faite depuis duchesse d'Aiguillon de son chef, après avoir rêvé une destinée plus brillante ' ; et depuis ils avaient été en commerce de lettres et de galanterie. A Madrid même, d'où il n'ose lui écrire directement, les lettres qu'il envoie à M"'' de Rambouillet, à M"''Paulet, sont remphes des plus douces flatteries ^ son endroit. C'était un chariT^ant ennemi que Voiture : et avec quel art, tout en servant les intérêts de Gaston, son maître, il ne perd pas le sien de vue, et saisit l'occasion de faire sa cour à la nièce du cardinal, toute puissante sur son esprit, et, dit-on, aussi sur son cœur. Au retour de Flandres, elle lui avait fait obtenir pjir l'eptremise de Puy-Laurens, le brevet de gentilhomme ordinaire et de maître d'hôtel de Madame, et Voiture l'en avait remerciée par une des plus charmaiites lettres qui soient sorties de sa plume ». 11 en était là, lorsque la prise de
' Le cardinal avait voulu la marier avec Gaston, après avoir fait rompre le mariage de ce prince avec la princesse de Lorraine.
' Lellre 82, p. 246. — « M. de Puylaurens ayant épousé M^e de Pontchâteau ; élevée par M"'e d'Aiguillon, dans le temps qu'il fut