H8. — A MADA3IE LA PRINCESSE
A Paris, le 5 d'août 1639.
Madame, à moins que d'être cloué à Paris, rien n*eût pu m'empôcher d'aller aujourd'hui à Poissy. Car quelque chose que j'aie dit d'une autre princesse, il n'y en a point au monde que je voie si volontiers que vous. Mais comme vous savez, madame, qu'un clou chasse l'autre, il a fallu que la passion que j'ai pour vous ait cédé à une nouvelle qui m'est survenue et qui, si elle n'est plus forte, est pour le moins à cette heure plus pressante. Je ne sais pas si vous entendez ceci, qui semble n'être dit qu'en énigme. Mais je vous assure que j'ai une raison fondamentale de ne bouger d'ici, sur laquelle je n'ose appuyer et qu'il n'est pas à propos de vous expliquer davantage. J'ai délibéré longtemps en moi-même si je devois aller, et il y a eu grand combat entre mon cœur et une autre partie que je nomme pas. Mais enfin, madame, je vous avoue que celle qui raisonnablement doit être dessous, a eu le dessus, et que j'ai mis devant toutes choses ce qui, naturellement, est derrière. Je vous jure pourtant, qu'en l'assiette oii je suis, je ne pouvois pas faire autrement, et que vous, qui êtes la plus considérée personne du monde et qui faites tout avec ordre, n'en eussiez pas fait rnoins que moi, si vous eussiez été en ma place. Je prie Dieu, madame, que vous ne vous y voyiez jamais : car, en l'état où je me trouve, il n'y en a point de bonne pour moi, et je suis partout comme
' Mss. de Conrart, p. 839. — Charlotte-Marguerite de Montmorency, mère du grand Condé.
sur des épines. Je ne puis aller à pied, je suis fort mal à cheval, le carrosse m'est trop rude et les chaises mêmes de M. de Souscarrière ' me sont incommodes. Je suis, madame, votre, etc.