‹ Œuvres littérairesChapitre 100 sur 262 · EXAMEN DES TABLEAUX · texte numérisé non relu

EXAMEN DES TABLEAUX

Altendu que, selon mes convictions, la crilique d'art peut être considérée :

1° Comme une manifestation de la vanité et de l'amour-propre ;

2° Comme une chose souverainement sotte, ridicule, absurde, lorsqu'elle procède surlout de l'opinion des gens d'esprit, des poètes, des fouillctonistes et même des peintres ;

3° Comme une dépense d'intelligence inutile peur lout le monde, puisque chacun est doué d'un sentiment différent du beau et du laid, et qu'après tout, le beau n’est autre chose que ce qui nous plait.

Je déclare ne point prétendre du tout faire ici de la critique à l'abri des gracieuses épithètes ci-dessus mentionnées.

Là où presque tous les hommes ne montrent qu'absurdité, divagation, lolie, qui oserait se flatter de paraître sage à leurs yeux ?

J'ajouterai qu'un but secret, et que je divulguerai plus tard, me force ici à me rendre coupable d’une faute pour laquelle J'éprouve la plus violente répulsion, la plus grande horreur,

Que Dieu, les peintres, les poèles et les feuilletonistes daignent me pardonner !

Celle déclaration faite, ilme reste à dire par quel procédé je vais essayer de porter mon jugement sur les œuvres du salon.

Si nous n'avons point d'idées fixes sur le beau, n'est-il pas sage de s'en rapporter à ce que nous en disent les grands maîtres dans leurs œuvres? « L'antique el constante admiration que l'on à toujours eue pour un ouvrage, a dit Boileau, est une preuve sûre et infaillible qu'on le doit admirer, »

FN ES TSRRLY

Je prends done pour modèles du beau, les tableaux des peintres les plus renommés, el je les place ex imaginalion parmi ceux à l'examen desquels Je vais procéder. Çà et là, je me représente des œuvres de Rubens, de Rashaël, de Michel-Ange, de Titien, de Rembrandt, de Gérard Dow, de Lorl'ain, etc., etc.

Ces comparaisons seront malheureusement faites de mémoire ; mais à qui à faute, si un parallèle d'un autre genre ne peut se réaliser?

Mes observations auront pour résultat d'indiquer, dans chaque tableau, deux choses seulement, deux choses plus intéressantes pour l'artiste, plus

ropres à lui suggérer d'utiles réflexions, que tous les discours, toutes les apprécialions poétiques de nos poétiques feuilletonistes. Ces deux choses seront divisées ainsi qu'il suit :

1° Les parties les plus rapprochées du beau, comme l'ont entendu les grands maîtres ;

2° Les parties les moins rapprochées de ce beau.

\insi, dans l'examen d'un tableau, je dirai :

Composition, dessin, où expression, ete., dans telle ou telle partie. On sous-entendra que ces parties, sous le rapport de la composition, du dessin, de l'expression, sont les meilleures de l'œuvre conformément aux principes des grands peintres choisis comme type de perfection.

Pour le second point, le silence sulira, de sorte que les parties d'un tableau dont il ne sera pas fail mention sont celles qui m'ont semblé s'éloigner des Lypes du beau.

Cette méthode, la plus propre, je crois, à formuler le jugement le moins absurde possible, je la conseille à messieurs les fuuilletonistes, quand toutefois le goût, le sentiment el la mémoire des beaux modèles, que donnent vingt ans d'études, leur permettront de la mettre en pratique.

Mon programme posé, je commence :

Page 1