‹ Œuvres littérairesChapitre 13 sur 262 · SU DS · texte numérisé non relu

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| hommes, ses ouvrages sont, comme ceux du créateur, des énigmes sublimes que lon ne peut facilement appro-

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fondir. Si quelques doutes, quelques contestations se sont élevés sur le véritable mérite de sa couleur, c'est que, souvent, ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'ignorance condamne ce qu'elle ne peut comprendre.

Rubens, on ne peut le nier, puisa dans l'école de Venise, comme à une source profonde, les secrets de la

couleur : il étudia les maitres de cette école et particulièrement le Titien, qu'il regardait comme le plus parfut modèle dans cette partie. Mais son génie supérieur sut

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mettre à profit l'expérience des maitres : il remarqua | combien les empâtements par couches réitérées de cette école poussaient au noir; il sentit que la plupart de ces grands coloristes n'obtenaient une certaine harmonie | qu'aux dépens du brillant et de la virginité des teintes, et M que la manière de peindre par glacis et retouches, due L aux nombreux tâtonnements des premiers essais, pourrait | bien se remplacer par un procédé aussi riche, plus brillant et plus expéditif. Il observa que le ton des chairs des peintres vénitiens ressemblait quelquefois à la couleur \ du bois où de la brique, que souvent une trop grande \ | monotonie régnait dans leurs teintes ; qu'ils manquaient | peut-être de ces oppositions qui font sentir que les chairs l rougeñtres où jaunâtres ne sont pas précisément jaunes | ou rouges. Il remarqua que la lumière et l'ombre étaient | souvent éparpillées dans leurs œuvres, ce qui nuisait à la b force, à la vigueur, à l'harmonie. Il comprit qu'ils ne faisaient pas toujours le choix de formes favorables au FA coloris, et qu'enfin ils étaient tellement esclaves du modèle, qu'ils imitaient quelquefois des choses contraires

aux effets que demande la couleur.

Après avoir médité sur toutes ces choses, Rubens fut

saisi d'un brüulant enthousiasme; son imagination lui fit entrevoir l'idéal d'un coloris plus parfait, et, plein de cette confiance que donne le génie, il résolut de combattre le Fitien même, en faisant faire à son art un pas immense.

Examinons les savantes combinaisons au moyen desquelles il atteignit son but.

Rubens comprit que si, en observant la même harmonie et la même vigueur, on déployait plus de variété, on obtiendrait un type de couleur plus séduisant et plus parfait. Il chercha donc à donner à ses ouvrages de plus belles masses d’ombres et de lumières; à cette distribution particulière, base fondamentale de son coloris, il mit toute son étude, tous ses soins, et, de même qu'il avait fait choix d'un dessin propre à la couleur, il fit choix d'oppositions de teintes si brillantes et si variées, d'un clairobscur merveilleux, si favorable au développement de cette partie, que ce procédé seul le place au rang des plus grands coloristes.

Pour obtenir la variété, Rubens S'imposa d'abord l'obligation d'établir sur différents points du tableau les cinq couleurs primitives dans toute leur pureté, le blanc, le noir, le rouge, le bleu, le jaune; ces points posés deviennent une sorte de diapason sur lequel se règlent tous les tons intermédiaires; ainsi, une draperie du rouge le plus pur et le plus éclatant l'autorisait à peindre des carnations vigoureusement sanguines; le voisinage de deux draperies, l'une jaune, l'autre d'un bleu brillant, lui donnait la faculté de glisser dans ces mêmes carnations des teintes jaunâtres et bleuâtres au plus haut degré. Déjà le choix de formes constamment accidentées l'aidait puissamment dans la variété de ses teintes; il rechercha en outre les corps brillants et satinés, parce que ces corps réfléchissent davantage les diverses nuances de la

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lumière et des reflets, et il se proposa le satin comme modèle dans la représentation des lumières qui se

jouent sur la surface de la peau d'une belle chair.

Usant de ce moyen, même pour tous les objets qu'il avait à peindre, il parvenait à donner à ses teintes une variété telle que nul autre que lui ne nous en montra l'exemple.

Le diapason, indiqué par les cinq couleurs vierges qu'il savait toujours placer dans toute leur pureté, lui donna

aussi la faculté d'associer sans discordance les carnations

les plus disparates, depuis la teinte blanche et rosée d'un

jeune enfant jusqu'aux teintes rouges et enflammées de

la tête d'un vicillard. Ses carnations, quelque chaudes, quelque brülées qu'elles fussent, n'eurent jamais l'inconvénient de rappeler la couleur du cuir ou du bois.

Avec non moins de prestige, Rubens sut donner à sa couleur un brillant, un éclat dont le Titien est loin

d'approcher. Il tenait beaucoup à surpasser le maitre vénitien sous ce rapport ; il ÿ parvint en montant au plus aut degré de force le diapason de ses couleurs primitives, en les empâtant sans les fatiguer, pour les maintenir dans oute leur fraicheur, et en adoptant l'excellente pratique de peindre au premier coup. De longues études lui avaient appris que la vigueur ne consiste pas à rembrunir, à

‘enforcer les ombres, ainsi que l'avaient pratiqué quelques Vénitiens, mais bien à maintenir toujours la pureté rimitive des couleurs au milieu des nombreux sacrifices qu'exigent le clair-obscur et l'harmonie. Partant de ce rincipe, au lieu de peindre les chairs par teintes romues comme l'avait fait le Titien, il les traitait avec des couleurs vierges. Ainsi, l'ocre jaune pur servait quelque-

o1s de rehaul à des têtes au teint hâlé; le carmin mêlé

au blanc colorait souvent la joue d'une jeune fille, el

chaque objet enfin, sous son pinceau, se rapprochait du brillant des couleurs primitives.

Les glacis employés par l'école de Venise présentaient des avantages; le maitre d'Anvers en découvrit les défectuosités et sut les rendre plus beaux et plus durables paur l'application au premier coup des matières colorantes sur un fond d'un blanc éclatant. Cette manière expéditive, brillante, fut peut-être le rêve du Titien; Rubens la réalisé.

Ajouter l'harmonie à tant de vérité, à tant de brillant, à tant de vigueur, avait été pour le Titien la pierre d'achoppement, Fidéal impossible; Rubens l'entreprit et réussit.

Là où les difficultés augmentent, le génie de Rubens semble grandir pour les vaincre ; il n’est point de procédé artistique que son imagination n'invente, que son pinceau n'accomplisse. Ce sont ces artifices habiles, ces manœuvres savantes, dont on trouve partout des traces palpables dans ses ouvrages, qui font l'admiration, le désespoir de l'artiste, ou l'objet des erreurs et des critiques de l'ignorant. l'harmonie de Rubens résulte aussi du concours des qualités particulières de son clair-obseur : avec quel art infini il sait, par l'enchainement de ses lumières, accorder les tons les plus vigoureux avec les tons les plus tendres ! avec quelle adresse extraordinaire il parvient, au moyen des reflets d'une couleur dans l’autre, à marier le bleu au rouge, le blanc au noir! quelles ressources d'harmonie dans ces masses d'ombre ou de demi-teintes, jetées tantôt sur (les couleurs trop criardes, tantôt sur des tons discor-dants! quelles ressources encore dans ces tons chauds, bitumineux, avec lesquels il glace! avec quelle adresse il applique ces glacis savants qui corrigent les couleurs, ou trop brillantes, ou trop lumineuses, où ennemies! comme

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