A L'ASPECT DES TABLEAUX MODERNES, EXPOSÉS AU MUSÉE D'ANVERS
Où es-tu donc fille de Mars et de Vénus? divine harmonie, Lon origine ct La puissance sont ici inconnues. Tu n'habites plus comme autrefois les ateliers de la poésie muette; et Loi, magique harmonie du clair-obscur, qui fis la gloire de l'école hollandaise, toi qui attaches les regards, et par cet arlifice donnes un moyen puissant pour attacher l'esprit, l'artiste qui doit faire respirer la toile, croyant posséder la haute poésie de l’art, n’invoque plus ton secours.
Divin Raphaël! vous possédiez l'art qui nous représente les passions les plus délicates du cœur humain: àcet égard, nous vous pardonnons votre manière peut-être Lrop simple dénoncer: mais vous autres artistes, si vous ne pouvez atteindre à ce sublime qu'il ne vous est pas donné de parler à mon âme, il ne vous convient guère de négliger le langage de l'art, ce clair-obscur, qualité qu'exigent indispensablement les sujets de genre, que par penchant vous préférez. Je le répète, si vous ne pouvez émouvoir mon âme, charmez au moins mes Yeux, VOUS pouvez encore cueillir des palmes glorieuses sur les traces de l'école vénilienne,
La nature, me diles-vous, ne prend aucun soin de grouper, d'enchainer, ‘de masser, el cependant il y règne un accord de clair-obseur inimitable.
* Jourual du commerce des Pays-Bas, Anvers, 12 Seplembre 1825, Le manuscrit de cet article anonyme est conservé
Hé! puisqu'il est inimitable, ayez donc recours aux moyens mystérieux qui tiennent lieu des perfections d'imitation auxquelles il est impossible d'atteindre. Mais, sans discernement, vous me donnez une scène pathétique dans le style badin; là, le beau carmin de la palette de Sprendonck colore un sujet qui devait me remplir d'horreur; ici, un sujet historique, travesti en genre par la mulliltude des accessoires; plus loin, le terrible Achille, sous les formes voluplueuses de Bacchus ou des portraits de famille, sem-
blables à des boutiques de quincaillerie, attirent la foule des connaisseurs qui ne se lassent d'admirer, parmi Loule cette afféterie, un beau paon dont la queue déployée leur paraît, par un rendu minutieux, avoir alteint la vraie illusion. Tous les genres de peinture deviennent tableaux de genre, en ce qu'ils manquent de ce nerf, de cette couleur, de ce style que le caractère
des sujets d'histoire exige avec plus où moins de réserve. En ee moment, je Suis trop distrait par le elinquant de la discordance ; tout est brillant, rien ne l’est; mes yeux sont partout, ils ne sont nulle part. En vain, je cherche l'harmonie.
Mes yeux, après une si grande tension, ont besoin de repos; entrons in musée. C'esl ici que je Le retrouve dans toute La splendeur, à divine harmonie! C’est ici ton temple... Le prince des peintres, par sa magi
m'appelle à son lableau du Calvaire; son clair-obscur me force aussitôt à
eler les yeux sur le héros de son poëme; je ne vois que lui; aussi, lui seul
m'intéresse. C'est bien là ce grand législateur mort pour le salut du
monde. Quelle expression de calme dans tout ce corps divin! Je suis en la résence de lHomme-Dieu. de frémis, c'est une illusion! Quel est donc cel art qui me fait éprouver la même impression que si j'eusse élé à la
seène du Golgotha? De même que si j'y avais élé, je n'ai qu'une idée con-
use de Lout ce qui entourait le sujet principal. Quelle conformité avec la nature! Je conelus, tout en admirant ce chef-d'œuvre, qu'il fallait que
‘harmonie eût réservé tous ses dons pour le siècle de Rubens. (Communiqué.)